Caucus or not caucus ?

Avant de démarrer une impro dans un spectacle, les improvisateurs peuvent soit prendre un temps pour se concerter, soit démarrer directement. Enfin en tout cas je ne vois pas d’autre possibilité.

C’est notamment une différence importante entre le Catch Impro et le Match d’Impro (2 concepts qui ont surtout en commun d’avoir « atch » dans leur nom) . Et en Match ce temps de concertation s’appelle le « caucus ».

Alors, caucus ou pas de caucus dans un spectacle ?

Personnellement je suis partisan du « sans caucus ». J’ai globalement appris l’impro comme ça et à chaque fois que j’ai fait des spectacles avec caucus je n’en ai pas vu l’intérêt. Non seulement je n’y vois pas un grand intérêt mais en plus il peut carrément être destructeur pour l’impro….

Enfin n’allons pas trop vite en besogne, première chose :

 

Qu’est qu’on fait pendant un caucus ?

On est 4 ou 5 improvisateurs (voire plus…), et on a 20 ou 30 secondes de concertation avant de démarrer une impro. Qu’est-ce qu’on peut bien se dire ? Les avis divergent en fonction des habitudes des différentes troupes, mais j’ai trouvé un article ici qui me semble refléter la pensée « mainstream »  : http://impro-bretagne.blogspot.fr/2011/12/le-caucus-ca-marche-comment.html (je viens d’ailleurs de découvrir ce site, qui a l’air de contenir pas mal d’articles intéressants !). Attention cet article (et une bonne partie des autres articles sur ce site là) concerne spécifiquement et implicitement le Match d’Impro, puisqu’il y est question d’impros « mixtes » et « comparées ». Pour ceux qui ne connaîtraient pas, en « comparée » les équipes jouent l’une après l’autre sur un même thème, et en « mixte » les 2 équipes jouent ensemble mais le caucus reste séparé.  Mais je vais essayer d’éviter de trop parler de Match dans cet article, je garde ce gros morceau pour plus tard.

Si je résume, l’auteur de cet article conseille de juste définir qui rentre au début et avec quel personnage. Ça me semble être ce qui est généralement conseillé. D’autres personnes m’ont par exemple dit qu’il rentraient avec juste une émotion particulière, d’autres se définissent carrément une situation initiale (lieu, époque etc.). Une autre technique « spéciale match » qui me parait intéressante est de se donner comme point de départ une émotion par rapport à l’autre (puisqu’on commence à 2).

Pour ma part j’aurais tendance à réduire encore le périmètre du caucus, en se limitant à « qui y va ». Une fois qu’on sait qu’on va rentrer en jeu, je ne vois pas d’intérêt à réfléchir à plusieurs à un personnage, ou une émotion particulière, ou tout autre contrainte, la personne qui rentre peut très bien le faire toute seule !

L’intérêt éventuel que je vois serait pour des débutants, qui commencent tout juste l’impro, et pourraient être rassurés de se voir « conseillé » par d’autres joueurs plus expérimentés.  Le caucus peut aussi être un moment pour se faire un petit « pep talk », se remotiver, encourager un improvisateur qui n’a pas trop joué à entrer sur scène…

Ceci dit, depuis quelques années que j’anime des ateliers d’impro et des spectacles avec des débutants (et même avec certains qui font de l’impro depuis moins d’1 mois !), je ne fais pour ainsi dire jamais faire de caucus (sauf dans certains cas particuliers). Ça m’arrive lors des ateliers, mais encore une fois assez rarement. Et globalement ça ne pose aucun problème pour les débutants, c’est une habitude à prendre, l’habitude de « sauter dans le vide » qui est pour moi un des aspects fondamentaux de l’impro (je suis un adepte du « jump and justify« , ah encore un article à faire !).

On peut aussi considérer que le caucus peut servir de temps de réflexion autour du thème qui a été donné (voir mon article précédent à ce sujet). Mais là encore, si le thème n’est pas tout pourri on pourra toujours s’y raccrocher plus tard, et de toute façon de mon côté je préfère que le thème soit plutôt concret et serve de point de départ, donc pas besoin de réflexion particulièrement avancée.

Donc pour ma part, j’aurais tendance à dire qu’en caucus il suffit de décider qui rentre, et ça peut être l’occasion de « recadrer » (si les impros précédentes était super speed on peut décider de calmer le jeu par exemple) ou remotiver les troupes si un spectacle ne se passe pas idéalement. Après si on veut se donner une situation de départ, ou un personnage, pourquoi pas, mais l’intérêt ne me parait pas fou.

 

Que ne pas faire pendant un caucus ?

Par conte il m’est arrivé de voir des improvisateurs faire une chose horrible lors des caucus. Pire encore, il paraîtrait que certains profs d’impro encouragent ce genre de comportement. Croyez-moi ou pas, mais certains…. construisent l’histoire lors du caucus ! Ou pire encore : ils préparent la chute ! 

Voilà, c’est dit. J’en tremble encore un peu.

Bon, ça ne vous parait peut-être pas si horrible que ça, et d’ailleurs c’est a priori le premier réflexe qu’on a quand on débute. Mais voici en quelques mots pourquoi je trouve que c’est une aberration.

Le propre de l’improvisation est de ne pas savoir où l’on va ni ce qui va se passer. A tout moment l’impro peut partir dans une direction inconnue, parce qu’une nouvelle idée nous vient en tête ou par accident, mais l’impro ne fait que rebondir sur des propositions. Donc prévoir une série d’événements ou même une chute va forcément faire que des propositions seront refusées ou ignorées afin de respecter ce qu’on a prévu. Donc c’est mal. CQFD.

Et encore pire, faire ça en match lors d’une impro mixte serait absurde au-delà de toute raison (j’ai un gros doute sur l’expression « absurde au-delà de toute raison », mais je crois qu’on en comprend quand même le sens). Imaginez avoir 2 personnages qui démarrent sur scène, chacun avec une idée précise de qui ils sont, où ils sont et ce qu’ils vont faire, mais sans aucun rapport l’un avec l’autre. Comment voulez-vous commencer à construire une histoire ensemble ?

Un caucus de ce genre sera forcément destructeur pour l’impro.

 

Le mot de la fin

Je ne suis pas fondamentalement opposé à avoir un temps de réflexion avant une impro, je n’y vois simplement pas un grand intérêt. Et si ça peut être utile pour des improvisateurs débutants s’ils sont encadrés par des plus expérimentés, le risque de trop construire avant de démarrer l’impro est pour moi trop important.

En plus le côté « on démarre direct, sans réfléchir » est plus impressionnant pour le public (alors que ce n’est pas plus difficile !), et ça évite que le public se tourne les pouces pendant 30 secondes.

Donc pour moi, pas de caucus !

Et si vous n’êtes pas d’accord, les commentaires sont là pour ça…

….
Bon je vais aussi nuancer un petit peu ce que je disais sur le fait de préparer une histoire avant d’entrer sur scène. Il y a un type d’impro où c’est exactement ce que l’on fait : l’impro de canevas (je ne sais pas si ça a un vrai nom officiel, mais j’appelle ça comme ça). En gros on impose aux improvisateurs de respecter un canevas précis, connu ou pas du public. Le canevas peut tenir en quelques phrases ou être beaucoup plus long. C’est un peu particulier, parce que du coup le canevas de l’histoire devient une contrainte à respecter, et tout l’intérêt de l’impro va être ce qui va se passer « entre les lignes », comment passer de A à B puis à C de façon cohérente et sans doute surprenante. Ca peut donner des impros intéressantes, mais tant que ça reste une impro de temps en temps dans un spectacle, et que c’est pas une généralité. Et c’est d’autant plus intéressant que le public connait le canevas.
 J’ai entendu parlé d’une troupe parisienne qui apparemment fait des spectacles où le public choisi une pièce connue parmi une dizaine ainsi que contrainte de temps et/ou de lieu (par exemple Hamlet dans une maison de retraite), et les improvisateurs jouent le canevas de la pièce avec cette contrainte (et ça dure 2h). Je ne l’ai pas vu de mes yeux, mais ça l’air bien sympa ! 
Mais là ça sort un peu du cadre « classique » des spectacles d’impro dont je parle ici, donc je reste campé sur ma position.

 

 

 

9 réflexions sur “Caucus or not caucus ?

  1. Je suis d’accord avec votre « mot de la fin », cher Hugh Tebby : le caucus, c’est bon pour rassurer les débutants et voir qui va jouer.
    Point.

    De plus, je trouve que votre expression « absurde au-delà de toute raison » a tout à fait sa place dans cet article.

    Cependant, le caucus peut être très utile lors d’une improvisation comparée en match d’improvisation. Si l’équipe se connaît bien, ou a fait au moins un atelier ensemble, le caucus permet de se mettre d’accord pour jouer une forme d’impro collective essayée en atelier. Cela peut être une stratégie du coach pour permettre à tous ses joueurs (débutants comme confirmés) de rentrer dès le 1er tiers-temps.
    Mais comme vous l’avez déjà précisé, cher Hugh Tebby, ce cas ne concerne que le match d’improvisation, qui n’est qu’un spectacle parmi d’autres.

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  2. Mais attend, tes « impros de canevas », c’est de la Commedia del’Arte au final non ?

    (ou alors une impro de type « Francis », ce qui est toujours un regal.)

    L’interet du Caucus en match (pour le coup), c’est aussi que comme y’a beaucoup de joueurs, ca permet de rebooster en energie le joueur entrant qui poireautait… (Et aussi au MC d’expliquer la categorie au public peu averti)

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    • Je suis anti-caucus en impro, aussi.
      Mais l’impro à canevas, surtout forme longue, n’a rien à voir avec le caucus en fait, pour moi.

      Après, pourquoi suis-je contre ? Parce que je conçois l’impro avec une démarche de jeu qui est la suivante : je fais quelque chose (sans réfléchir), je constate, je justifie ensuite. Cela est impossible si y a un temps de réflexion avant.
      Exemple : thème du public « la controverse de la pomme », moins de 3 secondes de réflexion… Je me lance. Je fais quelque chose : je découpe une pomme. Je constate : oh ! il y a d’autres pommes autour de moi, un gros tas. Je justifie : je suis un cuistot, dans un réfectoire. Plus tard, on apprendra dans l’impro que c’était un cuistot en campagne, pour l’armée napoléonienne. Mais on arrive à ça par cette démarche, et pas l’inverse.
      C’est une vision d’impro parmis d’autres, mais qui exclut la possibilité de caucus.

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  3. J’ai souvent cette question du contenu du caucus dans mes ateliers. Pour moi, en mixte, partir avec rien c’est jouer seul.
    Je m’explique, dans la rencontre j’ai besoin de proposer du jeu à l’autre (un mot, une impulsion physique… bref un élément pour construire avec). Il ne s’agit de balancer un caucus massif mais un élément de jeu.
    Ensuite, les deux joueurs vont partir de « ce petit début » pour construire ensemble. Souvent, on retrouve chez les improvisateurs « expérimentés » une notion de départ « à poil », je vais bien voir ce que propose l’autre en face et à réagir avec. Pour moi, c’est à proscrire car je ne donne rien à l’autre, oui je vais écouter ça proposition et ensuite je vais jouer avec lui mais à la base, je n’ai rien donné. Le début d’impro va gagné en clarté mais ou est l’échange? l’incertitude du début d’impro ?
    Pour la mixte, je préconise également de choisir rapidement « qui y va » et ensuite le joueur en question va sur la patinoire pour faire le point « seul ». Le joueur « choisit » est le plus apte à trouver son départ d’impro, pas besoin des autres membres de son équipe. Son équipe, sans indication de départ, est alors plus ouverte à la rencontre et ne se focalise pas sur un caucus ou une idée, voir un chute.

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    • je vais bien voir ce que propose l’autre en face et à réagir avec

      Je suis en fait assez assez d’accord avec cette phrase 😉
      Si la personne en phase arrive avec une situation déjà très précise, alors autant rentrer dedans directement, quoi qu’on ait eu en tête jusque là. Ca revient alors à peu près à la même chose que de faire commencer l’impro par une seule personne. Mais si la personne en face est aussi dans l’expectative, alors c’est bien de pouvoir proposer quelque chose. Mais ça peut simplement être un regard, une façon de bouger, quelque chose de très vague mais qui va rapidement s’étoffer et 15 secondes plus tard on a la situation initiale qui est posée. On n’est pas pressé après tout.
      Et ces 15 secondes où on se regarde, où on commence à jouer, peuvent tout à fait faire partie du temps prévu pour le caucus. Si chaque équipe décide de qui va sur scène, alors les 2 peuvent y aller rapidement et commencer à se « jauger ».

      A la limite un caucus entre les 2 personnes qui rentrent plutôt que pour chaque équipe spérément ne me semble pas idiot…

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  4. Tiens, on a vu récemment avec Romue un spectacle à Lille, où il y avait systématiquement un caucus.
    Et pire, le temps de celui-ci n’était pas limité, le MC (tournant) annoncait la catégorie et le thème et meublait en attendant que les joueurs se lancent.
    Et c’était long, mais long, d’attendre parfois quasiment 1 minutes que les joueurs rentrent et jouent.
    Ce qui était marrant, c’est qu’un des joueurs, lorsqu’il était MC, ne laissait pas de caucus et demandait aux joueurs d’attaquer directe. Honnêtement, il n’y avait pas de différence dans la qualité de l’impro. Même leurs début n’était pas moins bons que lorsqu’il y avait un Caucus.

    Du coup je rejoins ta conclusion, un caucus, ça ne sert à rien, si ce n’est à endormir le public.

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  5. Pingback: Enfin une vraie bonne raison de ne pas faire de caucus | Impro etc.

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