L’impro dans « la vraie vie »

Je ne connais pas ce film, c'est just le premier résultat de Google pour "la vraie vie".

Je ne connais pas ce film, c’est juste le premier résultat de Google pour « la vraie vie ».

A force de faire de l’impro (et d’y réfléchir) j’ai l’impression que j’utilise de plus en plus l’improvisation, ou en tout cas ses principes de base, quand je ne suis pas sur scène.

Pas par fainéantise ou par facilité, mais simplement parce que j’y vois un vrai intérêt.

Je vais commencer par un exemple bien concret : l’animation d’un spectacle d’impro. Quand je commençais à animer des spectacles, je préparais tout. Je me faisais des fiches avec toutes les catégories qui allaient être jouées, combien de comédiens commenceraient sur scène, ce que je demanderais au public etc. Et bien sûr je savais dans quel ordre les impros seraient jouées. En fonction des personnes qui allaient jouer, du lieu, du type de spectacle voulu, je préparais tout.

L’animation d’un spectacle est une grosse responsabilité, et la pression est importante, surtout quand on n’a pas l’habitude. Il y a aussi beaucoup de choses à gérer, à chaque impro présenter la catégorie, dire aux joueurs comment démarrer, donner un thème, faire un décompte si on veut… Ca a l’air simple comme ça mais on a vite fait d’oublier des choses, et si on rajoute le fait de devoir trouver sur le moment quelle catégorie sera jouée, quel sera le thème et comment démarrer, eh bien ça devient compliqué.

Du coup une bonne préparation permet de se concentrer sur les impros en cours au lieu de réfléchir à l’impro suivante, et de faire un spectacle plus carré, avec des enchainements qui se font bien et un rythme correctement géré.

Mais progressivement je me suis mis à préparer de moins en moins précisément les spectacles. La première chose que j’ai commencé à « improviser », c’est l’ordre des impros. Je me préparais un ordre particulier, alternant impros plus libres et plus contraintes. Mais ensuite en fonction de comment se passait une impro je choisissais la catégorie suivante : après une impro mollasonne je relancerais avec une catégorie efficace et pêchue, après une impro très construite et réussie je relancerai une impro dans la même veine etc.

Ensuite je ne préparais plus ce que j’allais demander au public. J’essayais plutôt de m’adapter par rapport à ce qui avait pu se passer dans les impros et en fonction du public.

Enfin maintenant je prépare les catégories qu’on pourrait faire, et ensuite lors du spectacle j’avise en fonction de chaque impro ce qu’on fera pour la suivante. Le gros avantage est de pouvoir (en théorie…) s’adapter à ce qui se passe et que le spectacle soit meilleur. Par contre ça implique de bien être à l’aise avec l’animation (et après bien des dizaines de spectacle animés, je m’y sens à l’aise). Si ce n’est pas le cas je recommande vivement de tout préparer en détail et de s’y tenir…

Autre exemple concret : l’animation d’ateliers d’impros. J’ai commencé à animer régulièrement des ateliers il y a environ 4 ans et je le fais de façon « professionnelle » (autrement dit je suis payé pour) depuis bientôt 3 ans. Au départ je préparais tout très précisément, c’est-à-dire quels exercices on allait faire mais aussi quels enseignements étaient à en tirer.

Assez rapidement j’ai du changer de méthode parce que le nombre de participants à mes ateliers a tendance à très fortement varier, et on ne fait pas les mêmes ateliers à 5 ou à 20.

Mais surtout j’ai rapidement découvert que chaque exercice peut être utilisé pour travailler différents aspects de l’impro. Quand je fais faire un exercice, c’est dans le cadre d’un travail sur un axe particulier, mais il est possible que d’autres éléments surviennent et que du coup j’insiste plus là-dessus et j’enchaine avec d’autres exercice sur ce nouveau thème.

Par exemple si dans le cadre d’un exercice mes élèves font une impro à la manière d’un film d’horreur on va peut-être enchainer en travaillant plus en détail sur le film d’horreur ou d’autres genre cinématographiques, au lieu de rester sur le plan d’atelier que j’avais prévu.

Je continue de passer du temps sur la préparation des ateliers, mais je connais suffisamment d’exercices pour pouvoir m’adapter, et j’essaie au maximum d’être à l’écoute de ce qui se passe. Pour un exercice donné il a toujours des éléments en particulier auxquel je serai attentif, et des « astuces » pour bien faire, mais il arrive parfois (et tant mieux !) que mes élèves me surprennent en faisant des choses auxquelles je n’avais pas pensé, ou que l’exercice ne se passe pas comme je l’attendais.

Alors, du mieux que je peux, je m’adapte. Donc j’improvise.

Dans une scène improvisée, il faut savoir être à l’écoute de ce qui se passe et s’adapter en permanence, et je pense que c’est important aussi dans les situations que je viens d’évoquer. Alors certes, c’est également dans le cadre de l’improvisation théâtrale, mais ce serait sans doute tout aussi valable avec des ateliers de danse ou de crochet.

Et finalement le dernier exemple que j’aurais (aussi dans le cadre de l’impro malheureusement…) serait ce blog. Je l’ai créé sans savoir vraiment ce que je mettrai dedans, et pour chaque article je pars d’une vague idée que je développe, mais sans savoir où je vais. Ca doit sans doute se ressentir, mes articles sont a priori assez décousus. Parfois j’y trouve des choses intéressantes (par exemple l’article précédent, sur les animaux et tout ça), parfois ça ne donne pas grand chose (comme cet article, par exemple).

J’ai l’impression que pour la plupart des gens, « improviser » est un peu synonyme de « faire à l’arrache ». Par exemple faire une présentation en entreprise sur un sujet quelconque avec un super PPT très détaillé donnera l’impression de l’avoir bien bossé, alors qu’un support plus simple (voire pas de support) et une présentation plus interactive pourra donner l’impression qu’on a rien foutu. Et pourtant dans le premier cas il y a fort à parier que la présentation soit d’un ennuit mortel, alors que si le sujet est maîtrisé (et à été suffisamment préparé en amont) une présentation plus libre qui s’adapte au public sera certainement bien meilleure. Mais encore une fois, le fait de pouvoir improviser implique le fait de  bien connaître son sujet !

Je serais curieux de savoir s’il y a des lecteurs de ce blog qui ont également des cas concrets où ils ont l’impression de se servir des principes de l’impro dans leur quotidien. Vos commentaires sont les bienvenus !

9 réflexions sur “L’impro dans « la vraie vie »

  1. En lisant l’article je pensais que tu allais parler des bénéfices qu’on pouvait obtenir dans la vie en utilisant les principes de base de l’impro pour les situations du quotidien – finalement j’ai vu que tu parles plutot de comment l’impro t’as amené à improviser plus tes activites ou tu encadres de l’impro : ateliers et présentations de spectacles…

    Pour ma part, je trouve que les principes de l’impro, peuvent être une vraie philosophie de vie :

    -Le Oui : lorsqu’on se fait insulter ou que quelqu’un essaie de créer une situation inconfortable socialement – en disant OUI et en rajoutant une couche – ca désamorce les situations et les fais passer sur le ton de l’humour -( au lieu de vouloir dire « non c’est faux » et se justifier). C’est un peu de l’aikido verbal.

    -Assumer toujours ce qu’on dit : cela peut communiquer plus de confiance en soi lors d’une présentation pour le boulot par exemple.

    -Avoir une bonne écoute : ca permet de décrypter ce que les gens communiquent a demi mot ou par le non verbal

    -Mettre en valeur les idées des autres : cela dénote d’une bonne intelligence sociale et permet de se faire plus facilement des amis parce que les gens qu’on cotoie se sentent valorisés

    Et encore pleins d’autres choses qui font que l’impro amène tout un tas de bénéfices secondaire et peu en soit être une véritable philosophie de vie !

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    • « En lisant l’article je pensais que tu allais parler des bénéfices qu’on pouvait obtenir dans la vie en utilisant les principes de base de l’impro pour les situations du quotidien »

      Oui, moi aussi (enfin en l’écrivant, pas en le lisant)…

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  2. Comme tu le dis dans ton article, pouvoir improviser requiert de maîtriser le sujet dont on va traiter.

    Etant prof, mes cours improvisés ne sont des réussites que quand je connais bien le niveau concerné, ce qu’ils savent, et où on doit aller. Les quelques cours que j’ai improvisés avec des niveaux que je ne maîtrise pas bien ont bien souvent été des fiascos. Néanmoins, mes plus belles réussites pour l’instant ont clairement été les cours où je me laissais porter.

    Il m’arrive de lancer une activité où plusieurs réponses sont possibles (« triez ces nombres en autant de catégories que vous le souhaitez, et dites moi pourquoi vous les avez triés comme ça »), et je fais avec les réponses des élèves même si je n’ai pas celle qui me plaît le plus. Je peux aussi commencer un cours dans une direction, et voyant les mines dubitatives des élèves, rebondir pour aller ailleurs. Il faut s’adapter à ce que nous avons en face de nous : les élèves sont ils agités parce qu’il neige, sont-ils amorphes parce qu’il est 8h, la situation est-elle tendue parce que deux élèves ont été exclus l’heure d’avant ? Si l’on applique son cours bêtement, sans prendre la température et avoir moyen de rebondir, c’est souvent un échec.

    En fait, en écrivant ces quelques lignes, je me rends compte que le métier de prof demande des compétences de théâtre ET d’impro ! Théâtre parce qu’on joue un rôle devant les élèves, et impro parce que les réactions des élèves ne sont pas toujours prévisibles, et il faut savoir jouer sur différents registres pour créer une situation « intéressante ». Je joue (ou en tout cas essaie) en prenant le contre-pied d’un élève pour avoir un propos qui porte : deux élèves rigolent, je peux prendre ma mine sévère. Un élève exclu part en claquant la porte, je me tourne vers la classe et souris. En gros, créer ce décalage d’émotions, si propice à des situations intéressantes !

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  3. Dans la cadre professionnel, l’impro est une vrai trousse à outils.
    Pour ma part j’ai tendance à considérer chaque réunion comme un spectacle d’impro, où j’ai un objectif précis : faire adhérer les gens à telle idée, convaincre mon patron de ça ou ça, obtenir un budget, expliquer que le bug dans le dernier projet n’est pas une catastrophe, etc.. .

    Les outils de bases qu’on utilise en impro, comme la gestion de l’énergie, l’écoute, l’interactivité, le jump and justify, le oui permanent, etc… permet d’une part de se concentrer et de rester au taquet sur des sujets par forcément passionnant, et d’autre part d’amener les gens en douceur à adhérer à un projet. Ça implique une grosse phase d’écoute pour comprendre comment fonctionne la personne qu’on a en face pour l’amener au but.

    C’est aussi hyper utile pour désamorcer les réunions qui commencent très mal, en étant vraiment à l’écoute de l’autre, on peut réussir à le retourner, ou au moins à dévier ses attaques les plus virulentes. Et si ça ne marche pas il reste la solution d’accuser le stagiaire. D’où l’intérêt d’avoir un stagiaire qui fait de l’impro, mais c’est un autre sujet.

    La ou l’impro peut parfois jouer des tours c’est qu’il ne faut pas perdre l’objectif initial de vue, et il faut très bien connaitre son sujet pour se permettre d’improviser, sinon on peut se crasher.

    Après c’est d’autant plus frustrant du coup quand dans une réunion on est au taquet et que tous les autres sont amorphes, on a l’impression d’être dans un spectacle d’impro avec des comédiens qui se forcent.

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  4. Moi aussi je pensais que tu allais détailler comment adapter les mécanisme d’impro dans la vie de tous les jours. Voir même que tu allais nous dire comment toutes tes émotions étaient aujourd’hui jouées et comment tu étais en fait un vrai psychopathe dans ta tête.

    J’avais aussi écrit il y a 4 ans sur le sujet dans mon bolg http://blog.steren.fr/2010/03/12/improv-and-beyond/ Il me semblait bien que tu avais laissé un commentaire, mais je me trompe apparemment. Il était peut être juste oral.

    En bref, c’est souvent où en réunion dans ma vie professionnelle je repense à la « règle du oui et/mais », le fait de reconstruire sur une proposition, ou simplement expliquer pourquoi elle nous parait fausse en apportant des explications claire. Ou lors d’un premier contact, le fait de retenir immédiatement le nom de quelqu’un est souvent un très bon point.

    J’aime aussi lire des petits articles sur les argumentaires. Celui-ci m’avait beaucoup plu: http://haacked.com/archive/2013/10/21/argue-well-by-losing.aspx/
    « perdre » un argumentaire est en réalité le gagner, car tu es celui qui en resort plus intelligent. Et la technique de réponse exposée à un point de vue qu’on juge faux est plutôt très bien construite.

    Bonne continuation avec ton bolg en tt cas, j’ai lu tous les articles, même si c’est mon premier commentaire.

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  5. Tiens, je viens de me rendre compte que l’impro peut aussi amener des réflèxes dans la vrai vie qui sont insupportables pour l’entourage. Par exemple, nous avons fait un « die » sévère hier soir où la moindre incartade était sanctionné. Du coup ce matin inconsciemment je suis au taquet et j’ai tendance à finir les phrases de mes collègues à leur place quand ils prennent trop de temps à réfléchir.
    (et j’ai aussi envie d’hurler DIE quand mes collègues ne finissent pas leur phrase, mais ça j’arrive à me controler).

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      • C’est un jeu de narration, X personnes se mettent en ligne, et une personne se met devant et pointe du doigt la personne qui doit parler, et celle-ci commence à raconter une histoire. Quand le « directeur » pointe quelqu’un d’autre, celui-ci doit reprendre à la syllabe près la phrase de son prédécesseur et continuer l’histoire. Dès que quelqu’un se plante (ne reprend pas bien la phrase, hésite trop longtemps…) tout le monde crie « die ! » et le fautif prend la place du directeur et on recommence une nouvelle histoire.

        (un des principaux intérêt du « die » par rapport à une narration classique c’est que tout le monde est presque encouragé à se planter, puisque « perdre » revient à prendre la direction, donc c’est sympa. Du coup c’est fun.)

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