Le « bon » échauffement

warmupDepuis quelque temps je suis en proie à une vague de doute. Parmi la multitude d’exercices d’échauffement à notre disposition, quels sont les plus à même de nous préparer pour le spectacle qui va commencer ? Et d’ailleurs pourquoi s’échauffe-t-on ? Est-ce que ça sert à autre chose qu’à se fatiguer et passer le temps avant l’entrée sur scène ?

Je sais que j’ai des lecteurs non improvisateurs, donc je commencerai par ceci : oui, en impro on s’échauffe. Je n’ai jamais participé à un spectacle où on ne s’échauffait pas avant. Fichtre, le match d’impro inclut même dans son décorum un échauffement public des deux équipes avant de démarrer le spectacle (pourquoi on voudrait faire une chose pareille m’échappe, mais passons).

Mais pourquoi ? Hein pourquoi ?

Chaque exercice sera a priori destiné à échauffer un ou plusieurs éléments parmi les 4 suivants : la voix, le corps, l’esprit et la « fibre improvisatrice » (pour ce dernier je n’ai pas trouvé meilleure formulation, j’ai pourtant cherché pendant environ 15 minutes).

Je trouve que l’échauffement vocal est important, surtout si on joue dans une grande salle, ou bien si on se prépare à chanter avec un accompagnement musical. Le risque de se casser la voix est réel, et pour peu de jouer quelques scènes un peu intenses avec un personnage qui a tendance à crier ou parler très fort on risque de se retrouver fort dépourvu quand l’heure de la chanson sera venue. Pour ça il y a plein d’exercices pour s’échauffer tranquillement les cordes vocales, et j’ai une affection particulière pour les exercices qui se font en chantant, ça met de bonne humeur.

Par contre je suis nettement moins convaincu de l’intérêt des échauffements physiques. En sport on s’échauffe surtout pour éviter les blessures à froid (enfin je suppose…). Mais autant j’aime quand une impro est physique, autant je n’ai jamais été témoin d’un claquage musculaire sur scène. J’ai déjà été blessé, mais il s’agissait plutôt de coups involontaire ou d’un déboîtement d’épaule inopiné, et je doute que ça ait pu être évité par un échauffement plus intense. Si le seul but est de se fatiguer alors autant ne pas en faire.

Ceci dit j’y vois tout de même un intérêt : marquer une rupture avec le reste de la journée. Vous sortez d’une journée de boulot et vous jouez un spectacle d’impro le soir, alors un petit échauffement physique va pouvoir aider à laisser le boulot derrière et se rendre disponible à 100% pour le spectacle. Enfin pour ça je pense qu’il faut que l’exercice physique soit sous forme de jeu, et pas simplement sous la forme d’une série de pompes (j’y reviens un peu plus loin).

Passons donc à l’échauffement mental. Pour moi il s’agit en gros des exercices à base d’associations d’idées ou de mémorisation par exemple. Déjà je ne sais même pas si on peut véritablement « échauffer » l’esprit… Est-ce que faire 5 minutes d’associations d’idées permettra à l’esprit d’être plus réactif une demi-heure ou une heure plus tard ? Après 15s de recherche Google je dirais que non, et ça me suffira comme preuve irréfutable.

Et enfin : la fibre improvisatrice. J’inclus ici tous les exercices directement reliés à l’impro, que ce soit de faire des bouts d’impros courtes, interpréter des personnages, raconter des histoires ou autre. On va retrouver des classiques comme le Freeze Tag, le Goaler, le Toaster etc. Là encore est-ce que faire 20 débuts de scènes pas très intéressantes va aider ensuite à construire une forme longue à la manière de Molière ? Est-ce qu’interpréter 10 personnages caricaturaux va aider à jouer des personnages intéressants par la suite ? Est-ce qu’il n’y aurait pas aussi le risque de trop en faire et d’épuiser ses réserves d’imagination et de spontanéité avant d’entrer sur scène ? Je n’ai pas de réponse ferme à ces questions, mais je penche vers non, non et peut-être.

Il y a toutefois un cadre dans lequel il me parait intéressant de faire ce type d’exercice : lors de la rencontre d’improvisateurs avec qui on n’a jamais joué, ce qui est quand même assez courant. Dans ce cas on peut commencer à appréhender un peu leur façon de jouer, commencer à se faire une idée de ce qu’on va pouvoir faire ou ce qui sera a priori plus compliqué. C’est aussi très utile pour l’animateur, s’il y en a un, puisqu’il va pouvoir adapter les types d’impros qu’il a prévu en fonction de ce qu’il voit à l’échauffement.

Pour l’instant j’ai surtout parlé des échauffements qui ne me paraissaient pas utiles, mais je n’ai pas dit clairement ce que je considère comme étant un « bon échauffement ». Après y avoir réfléchi en me basant différents spectacles réussis, je ne trouve qu’un élément en commun concernant l’échauffement : on s’était amusé. Voilà. Donc pour moi l’essentiel est de trouver des échauffements amusants, en général sous forme de jeux. Si ceux-ci échauffent également la voix, le corps ou l’esprit, tant mieux, mais c’est plutôt des effets secondaires. Si on monte sur scène avec des gens avec qui on vient de s’amuser pendant une demi-heure ou une heure, je pense que le spectacle part du bon pied. Je dirais même qu’il faudrait s’amuser et se détendre. Et si ça veut dire boire une bière en discutant assis autour d’une table, alors ce sera tout aussi bien si ce n’est mieux que de se répéter en boucle un exercice d’échauffement dont tout le monde s’est lassé.

Et idéalement lors de la rencontre de nouveaux improvisateurs il faudrait vraiment prendre le temps de faire connaissance, et pas simplement se retrouver à 19h30, s’épuiser physiquement une demi-heure puis attendre le début du spectacle à 20h30. C’est dommage qu’on ait rarement ce privilège, surtout lors des spectacles en semaine. Mais par exemple je vais jouer un spectacle avec les Guilys ce samedi soir (hop le lien Facebook si ça vous intéresse), et on se retrouve à 17h30, pour un spectacle à 20h30. Alors ça, ça m’a l’air d’être une bonne idéee !

Pour finir, je vais aborder (très) rapidement le cas des échauffements lors des ateliers d’impro, puisque c’est un peu différent. Je commence toujours mes ateliers par un ou deux exercices « d’échauffement ». Je vais d’ailleurs souvent faire faire des exercices assez physiques. Une des principales raisons est de vraiment marquer une rupture pour commencer l’atelier. Au début les gens arrivent, discutent un peu, mais dès qu’on attaque l’exercice on rentre directement dans le vif du sujet. Un échauffement un peu physique peut même me servir à fatiguer un peu un groupe nombreux ou un peu turbulant. Un autre point est que je trouve important de commencer par par quelque chose auquel tout le monde participe, que personne ne soit spectateur et que tout le monde se sente impliqué, et avec un peu de chance tout le monde le restera jusqu’à la fin. Et enfin le fait de s’amuser reste pour moi un des intérêt majeurs de l’impro, et commencer par un jeu va mettre tout le monde de bonne humeur, et le reste de l’atelier n’en sera que plus sympa.

Après tout c’est l’objectif, non ?

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11 réflexions sur “Le « bon » échauffement

  1. Bonjour,
    Je ne suis pas Complètement d’accord. Ok c’est important de s’amuser. Cependant l’échauffement physique permet de rentrer dans la condition d’improvisateur et de faire changer son corps de rythme, de façon plus efficace qu’en buvant des bières.
    Pour moi c’est la même différence entre dire « ça me rappelle la fois où j’ai grimpé le mont Everest » – et raconter cette fois là plutôt que la jouer en action.
    Et pour en être convaincue, je viendrai voir ce fameux spectacle samedi soir ! https://www.facebook.com/events/647741458617160
    Bonne journée.

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  2. « Cependant l’échauffement physique permet de rentrer dans la condition d’improvisateur et de faire changer son corps de rythme »
    C’est ce que j’appelais « marquer la rupture ». Les bières seules ne seraient sans doute pas suffisantes mais je pense que c’est un bon début.
    Et concernant la différence entre raconter et montrer… Eh bien j’aurais tendance à dire que je préfère entendre quelque chose de bien raconté plutôt que de voir l’histoire mal jouée. Je pense qu’on utilise trop peu la narration en impro, alors que c’est une ficelle assez classique au théâtre… Eh bien voilà une idée d’article, merci !

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  3. Pingback: Une manière d’aborder l’avant-spectacle | Dans le rétroviseur

  4. Personnellement, je ne m’échauffe pas avant un spectacle. Et c’est très important pour moi de monter sur scène « froid ».

    La plus part des échauffements de match d’impro sont là pour « mettre en énergie », ce qui revient à dire se mettre dans un état d’excitation qui permet de surmonter sa peur de monter sur scène. Je préfère largement une approche plus détendue et plus connectée. Passer du temps avec ses partenaires, discuter, prendre soin d’eux.

    D’autre part, le gros risque avec les échauffement, c’est d’être bon dès le début du spectacle, et c’est une très mauvaise idée. C’est très important qu’un spectacle devienne de mieux en mieux. Si on fait une scène génialissime après 5min de spectacle, le public va s’attendre à voir mieux par la suite, ou au moins aussi bien.

    Ne pas s’échauffer permet de créer naturellement cette amélioration au cours du temps.

    Pour moi, les échauffements qui se justifient, ce sont des échauffement de relaxation, et des échauffement physiques, parce que ça permet de se « mettre dans son corps ». Pas des échauffements genre courrir et faire des pompes qui eux aussi mettent en excitation, mais des étirements et des assouplissements, pour justement reprendre conscience de son corps qui sera un élément principal de la représentation.

    Pour finir, il y a globalement un « échauffement standard », mais je pense que chaque spectacle devrait avoir son propre échauffement. On ne s’échauffe pas pour un match comme pour un harold ou autre…

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  5. Je suis un peu d’accord avec toi, mais…

    « D’autre part, le gros risque avec les échauffement, c’est d’être bon dès le début du spectacle, et c’est une très mauvaise idée. C’est très important qu’un spectacle devienne de mieux en mieux.  »
    C’est pas la première fois que j’entends cette théorie (c’est du Johnstone ça, non ?) et je pense que je ne suis pas du tout d’accord 😉 Je trouve au contraire qu’un bon démarrage donne envie de faire encore mieux par la suite, alors qu’un démarrage un peu mou risque plutôt de démotiver.

    Je n’ai pas de souvenir d’un spectacle qui ait bien démarré pour ensuite baisser en qualité, par contre j’ai en tête plusieurs spectacles qui ont commencé mou pour ensuite continuer mou, voire empirer.

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  6. Bonjour,

    Si je suis d’accord sur l’échauffement vocal (et l’incongruité d’un échauffement public), je ne suis pas du tout d’accord sur l’échauffement physique. L’intérêt d’un tel échauffement dépend peut-être de l’activité de la journée, ou de la condition physique, mais il m’est arrivé à plusieurs reprises de souffrir de « blessures musculaires » après avoir joué sans m’échauffer. Rien de grave certes, mais suffisamment gênant et inconfortable pour être gêné en spectacle (ou après d’ailleurs). Il suffit d’un mouvement un peu intense, rapide, inattendu.

    Quant à l’échauffement esprit / impro, c’est lui qui me sert justement à couper du quotidien. L’esprit est alors focalisé sur l’impro ce qui permet de ne plus (ou moins) penser aux autres sujets de préoccupation du moment, à les reléguer plus loin. Ca doit d’ailleurs participer à la qualité discutable des impros réalisées à ce moment, le temps de « digérer » la journée … et je préfère que les mauvaises impros soient en coulisses que sur scène.

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  7. C’est effectivement du Johnstone, et ce n’est pas du point de vue des joueurs.

    Faire une scène excellente après 10 minutes puis juste des scènes bien pendant 50 n’est pas très satisfaisant pour les spectateurs. Un fin décevante, ça ruine toute l’expérience, alors qu’une bonne fin rattrape un début pas top (en tant que spectateur).

    On peut prendre comme exemple le seigneur des anneaux. Le premier livre est d’un ennui mortel. Pourtant, on lui pardonne, parce que la suite est mieux ! L’inverse ne fonctionne pas du tout.

    Ensuite, le mou entraîne le mou, c’est vrai pour les gens qui ne savent pas échouer, et qui se crispent quand c’est pas top. Mais is tu célèbre l’échec, les scènes ratées du début donnent de l’énergie =)

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