J’ai enfin vu du Theatersports !

theatersportOu comme ils l’appellent : Théâtresports. Ca faisait longtemps que je connaissais le format, mais il n’est que très peu joué en France. Heureusement un groupe d’irréductibles parisiens appelés Again! Productions se sont mis à le jouer (sont-ce les seuls en France ?). Et j’ai donc enfin pu voir mon premier spectacle de Theatersports dimanche dernier.

 

Commençons par quelques informations contextuelles.

Les habitués de ce blog auront remarqué qu’un certain Ian Parizot n’arrête pas de spammer avec des commentaires intéressants. Et les plus perspicaces d’entre vous auront remarqué qu’il est un fervent adepte de l’improvisation de Keith Johnstone. Il organise notamment un groupe de travail Keith Johnstone et avec  ‘Again! Production ils jouent différents formats emblématiques de Johnstone : Theatersports, Gorilla Theater et Maestro (c’est pareil qu’un Micetro mais écrit correctement).

Je connais ces formats pour avoir lu les écrits de Johnstone, mais le seul que j’ai eu l’occasion de voir ou pratiquer jusque là était le Maestro.

Voilà pour le contexte, et au passage bonjour Ian !

Et sinon, qu’est-ce que le Theatersports (ou Théâtresports) ? Voici une description succinte du format. Fini ? Bon. Vous aurez remarqué que ça ressemble a priori pas mal au Match d’impro, et vous savez sans doute ce que je pense du format Match. L’impression que j’ai c’est que le Match est un dérivé du Theatersports, avec des qualités en moins et des défauts en plus.  Je suppose que Gravel et Leduc se sont inspirés du Theatersports pour créer le Match (puisque c’est arrivé quelques années après, et dans le même pays), mais je n’ai pas trouvé de confirmation via une recherche Google.

Il y a deux composantes dans le Theatersport : les règles (ou le décorum si on veut) et la façon de jouer. Johnstone a créé le concept basé sur une façon particulière d’improviser et une pédagogie adaptée, et ensuite de nombreuses troupes ont repris le format, avec le même décorum mais sans cette « façon de jouer ». Et apparemment Johnstone était suffisamment agacé/dépité par ça pour écrire un livre dédié (Theatresports for Teachers,  voyez les commentaires de cet article pour quelques infos dessus, je ne l’ai pas lu pour ma part) et commencer Improv for Storytellers, par un long chapitre sur le Theatersports et ce qu’il faut faire et ne pas faire. Et j’ai l’impression que cette incompréhension des fondements du Theatersports est à l’origine du concept de Match d’impro (mais c’est surtout parce que j’aimerais pouvoir dire que le Match a été créé par erreur et qu’il n’est pas trop tard pour arrêter).

Et pour moi ce format ne marche que grâce à cette façon de jouer. Mais quelle est donc cette façon de jouer ? J’y viens, patience.

Pour résumer en quelques mots ce qui caractérise l’impro à la Keith Johnstone, par rapport à ce qu’on voit le plus souvent en France, je dirais que c’est le fait d’accepter voire d’encourager l’échec et toujours donner l’impression de s’amuser sur scène. Donc dans le cas d’une scène qui rame, les jugent vont klaxonner pour l’arrêter d’un coup mais les joueurs sortiront de scène avec le sourire. Et ça change tout. (Je vais revenir sur ce sujet dans un futur article, d’ailleurs, ça le mérite bien)

 

Mais alors, qu’est-ce que j’ai pensé de ce spectacle ? Eh bien j’avoue que je suis partagé. D’un côté j’ai passé un très bon moment, et je recommande chaudement à n’importe qui d’y aller, et en particulier aux improvisateurs qui ne connaîtraient pas. Mais d’un autre côté, je n’ai pas trouvé les impros particulièrement réussies. Il y a eu quelques bons moments, évidemment, mais en sortant de la salle et en essayant de repenser au spectacle, je ne me rappelais quasiment pas des impros en elles-mêmes, et les moments les plus mémorables étaient en fait autour et entre les impros.

Je suis normalement partisan du « décorum minimum », en laissant un maximum de place aux impros en elles-mêmes. C’est d’ailleurs un de mes reproches envers le Match. Mais autant en match le temps passé à voter, à faire des caucus, à parler des fautes… est juste du temps perdu où il ne se passe rien d’intéressant, ici c’était le principal intérêt du spectacle, parce que tout le monde avait l’air de s’amuser et d’être content d’être là.

Donc le spectacle marche, mais principalement grâce à cette façon de jouer. Du coup je ne suis  pas convaincu de l’intérêt du format en lui-même. J’avais mes doutes avant, et je les ai toujours. Je n’ai tout simplement pas l’impression que le format encourage ou aide à faire de meilleures impros, et du coup je n’en vois pas l’intérêt. Ou alors pour des improvisateurs plutôt  débutants (mais qui auraient travaillé l’impro à la Johnstone). En même temps je n’ai vu qu’un spectacle, et chaque spectacle est unique donc je n’ai pas pu me forger un avis ferme. Il faudra donc que j’y retourne !

Je peux simplement conclure en reprenant les rôles des 3 juges et en attribuant des notes au spectacle :

  • Narration : 2
  • Divertissement : 4
  • Technique : 3

S’ils le font pendant le spectacle, pourquoi ne le ferais-je pas à posteriori ?

En tout cas ce qui est bizarre, c’est que j’ai l’impression de donner un avis plutôt négatif alors que j’ai vraiment passé un bon moment. Que de paradoxes.

 

Et enfin, pour finir :

 

 

14 réflexions sur “J’ai enfin vu du Theatersports !

  1. Moi j’ai vraiment bien aimé ! C’est sûr qu’il n’y a pas eu de grande fresque narrative mais j’ai particulièrement apprécié les interactions entre les équipes, entre les joueurs et les juges, le jeu autour du jeu, l’insolence de Ian réclamant des points bonus ; il y a une grande histoire du spectacle avec plein de petites histoires à l’intérieur. Classe.

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  2. Merci pour cet article ! Je ne sais que dire ! 😉

    Je suis content qu’on ait réussi à transmettre des points importants avec le spectacle que tu as vu :
    – l’idée qu’on forme une seule grande équipe
    – l’idée qu’on célèbre l’échec
    – l’idée que le hors scène fait autant partie du spectacle que les scènes (en particulier grâce au « mischief »)

    Concernant les scènes elles-mêmes, c’est clair qu’on est encore loin d’arriver à proposer des scènes dont on est vraiment fiers ! On a encore du boulot. 🙂

    Mais il y a un point que j’aime avec le Theatresports et je ne sais pas si on a réussi à le faire passer dimanche : en théorie, les équipes sont libres de proposer ce qu’elles veulent, que ça soit dans les défis, ou dans les setups (ce que tu appelles le « pitch »).

    Il y a donc une liberté très grande, cette liberté est à la fois grisante et terrifiante.

    Grisante parce que les meilleures équipes brainstorment pour prendre plus de risque dans leurs scènes, pousser le contenu plus loin et se forcer à sortir des sentiers battus. Quand un spectacle marche vraiment, chaque scène est plus surprenante que la précédente.

    Ça responsabilise aussi les joueurs qui doivent assumer leurs scènes car ils sont les seuls responsables de ce qu’ils s’imposent de jouer.

    Mais c’est terrifiant parce qu’on a aussi peur de sortir des sentiers battus et qu’on peut s’enfermer dans le train train. Et parce que face à l’infinie possibilité des scènes possibles, on préfère ne rien définir et on reste sur du flou.

    C’est peut-être ce qui nous manque, en plus de vraiment assumer les principes de Keith dans les scènes (narration, authenticité, prise de risque, etc…) : se pousser à aller plus loin DANS nos scènes (et pas juste en dehors). 🙂

    Sinon, pour le lien Theatresports / Match d’Impro, je n’ai jamais trouvé de preuve. Mais Keith raconte qu’il a été invité à donner un atelier à la LNI. Il s’est rendu au Québec depuis Calgary, mais l’atelier n’a jamais eu lieu car l’hôtel qu’on lui avait réservé tombait en ruine et il est rentré avant même le premier jour. Voila pour la légende.

    J’espère que tu repasseras et merci encore pour l’article !

    Ian

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    • Ah oui « setup » c’est mieux que « pitch » en effet 😉

      Concernant la prise de risque de risque dont tu parles, je me demande si justement le fait d’avoir un setup n’est pas à double tranchant. Proposer un setup « original » peut aider à faire une scène où on repousse les limites, mais est-ce que le risque n’est pas de proposer la plupart du temps des setups trop classique ou sans intérêt ?

      Je n’ai jamais trop improvisé avec comme impulsion un setup comme ce que vous faisiez (à part récemment dans un spectacle « The Scene », mais c’est encore autre chose) et je pars en général toujours de quelque chose d’assez vague, d’une position sur scène ou même de rien, et la scène mets quelques secondes à se définir plus précisément.

      Là la scène est cadré avant même de démarrer. Du coup si le cadre ne sors pas des sentiers battus, la scène non plus a priori. Est-ce que ce n’est pas donner trop d’importance au setup et aux défis et du coup mettre trop de pression sur ceux qui les donnent ?

      En tout cas je repasserai la prochaine fois que je suis à Paris un week-end 😉

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      • Proposer un setup « original » peut aider à faire une scène où on repousse les limites, mais est-ce que le risque n’est pas de proposer la plupart du temps des setups trop classique ou sans intérêt ?
        => Complètement. 🙂

        Est-ce que ce n’est pas donner trop d’importance au setup et aux défis et du coup mettre trop de pression sur ceux qui les donnent ?
        => Oui aussi ! 🙂

        Je crois que tu soulignes les deux côtés négatifs des setups et c’est clair qu’il faut qu’on apprenne à gérer ça.

        Dans le côté positif des « setups », je me rappelle d’un setup de Ouardane qui, sur un défi de « scène illustrant la géopolitique sud-américaine contemporaine » (WTF) où il avait proposé « un traficant de drogue colombien écrivant une lettre a son fils avant son exécution ». On était tous excités de voir la scène ! (Pour l’histoire, elle s’est faite honké en 10 seconde, les juges se faisant copieusement huer.)

        Je pense qu’un setup permet de faire des scènes « qu’on ne voit jamais » justement car il permet de donner ce « recul » aux joueurs en leur posant la question « qu’est-ce que vous voulez montrer au public, qu’est-ce que vous voulez explorer en tant que comédien ». Et un « bon » setup », c’est un setup qui inspire les joueurs, et non qui les enferme. C’est clairement un de nos axes de travail d’arriver à gérer ça et c’est encore assez aléatoire dans nos scènes.

        Sinon, j’ai relu ton article et je suis à nouveau heureux de tes retours ! Un point qui m’a marqué aussi dans ton article et qu’on a réussi à faire passer je crois, c’est qu’on ne vend pas au public une « performance », mais un spectacle où la « bienveillance » (benevolence?) est mise à l’honneur.

        Je suis content qu’on arrive un peu à ça, même si nos scène ne sont pas forcément « performantes ».

        Bises et merci encore !

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  3. Il y a plusieurs groupes qui jouent du Théatresports en France (la plus part de façon irrégulière ou transformée), mais Again Production est le seul groupe licencié!
    http://theatresports.com/our-members/

    Je suis content que tu te souviennes de ce setup =D

    Effectivement, les similarités entre le Match et le Theatresports sont surprenantes. Le Theatresport traînait depuis longtemps dans la tête de Keith avant qu’il ne le mette réellement en place.

    Une grosse différence entre les deux cependant est que le TS est inspiré du catch, donc une fausse compétition, alors que le Match est inspiré du Hockey, donc une vraie compétition…

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    • Tiens j’avais jamais vu la différence entre TS et Match comme ça. Mais c’est vrai que la différence est fondamentale ! Et ça explique aussi comment je peux aimer le Catch mais pas le Match en impro… (ceci dit je me suis plutôt lassé du catch également…)

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  4. Io Hugh, ugh Ian,
    Pour ce que je sais de l’historique Theatresports / Match, j’avais regardé s’il y avait un lien, mais il me semble que cela n’a rien à voir. Les deux formats ont été officiellement créés en même temps en 1977. Il me semble que pour le Match, c’est octobre, et Theresa Dudeck dit que le premier Theatresport a été montré en public en février 1978. Ils ont été tout deux pensés à partir de formes sportives préexistantes, qui ont un sens dans la culture de chacun des créateurs : le catch pour l’anglais Johnstone ; le hockey sur glace pour les canadiens Gravel et Leduc. Mais une différence de taille sans doute entre les deux est que dans le cas du Theatresports, il a été créé directement par la personne qui a développé la technique ou le système d’improvisation qui va avec, comme un outil pour enseigner et faire de belles scènes, tandis que le match a été créé directement comme un produit afin de faire des spectacles d’improvisations, sur la base d’un enseignement qui est très probablement celui d’Alain Knapp.
    Voilà pour le point historique.
    À plus,
    Hervé

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