L’animation de spectacles

C’est l’atelier qui m’est le plus réclamé : comment animer un spectacle d’impro. Sauf que je ne vois pas comment le travailler en atelier, donc le mieux que j’arrive à faire c’est donner ma conception du rôle d’animateur accompagnée de quelques conseils plus ou moins utiles.

Quand je parle d’animation de spectacle ça concerne a priori plutôt les spectacles de type Cabaret, Catch Impro ou autres formes de spectacles constitués d’une suite d’impro courtes, mais je pense que ça peut s’appliquer à n’importe quel format.

J’ai animé beaucoup de spectacles, peut-être pas une centaine mais je m’en approche. Pendant un temps je pense que j’avais plus souvent animé que joué, mais la tendance s’est plutôt inversée ces derniers temps, en particulier grâce au formidable concept avec « animation tournante » (donc une absence d’animateur attitré), ce qui est plutôt sympa. Ma façon d’animer a progressivement évoluée, mais s’est à peu près stabilisée depuis quelques années. Je ne saurais dire exactement ce qui caractérise « mon animateur », mais c’est bien ça, c’est « mon animateur ». Quand j’enfile mon pantalon et ma chemise (toujours les mêmes) et que j’enlève mes lunettes je rentre dans la peau de cet animateur de spectacle d’impro, qui n’est pas tout à fait moi mais n’est pas très éloigné non plus. Ca me fait un peu penser au clown, en moins extrême. La première fois que j’ai entendu un comédien parler de ce que faisait « son clown » ça m’a paru bizarre mais je comprends tout à fait. Maintenant quand j’anime un spectacle je ne me pose plus de question sur comment je vais l’animer, je fais confiance à mon animateur qui saura quoi faire une fois sur scène.

J’ai trouvé ma façon d’animer sur le tas, et l’animation est tellement liée au public qu’on peut difficilement le travailler en atelier. Donc à mon avis le mieux pour apprendre à animer, c’est d’animer.

Enfin j’ai quand même quelques conseils sur des choses à faire ou à éviter, en voici quelques-uns en vrac :

 

Écouter le public et les comédiens

Pour moi un animateur ne peut pas ignorer ce qui se passe dans le public et éventuellement sur scène. Le rôle de l’animateur est de faire le lien entre la scène et le public, et il doit prendre en compte tout ce qui se passe. Si lors de l’annonce d’une catégorie le public s’insurge (ça peut arriver !) alors il faudrait peut-être demander pourquoi, éventuellement changer de catégorie. L’animateur peut décider de faire cette catégorie de toute façon, mais il ne peut pas ignorer la réaction du public, donc il devra un minimum s’expliquer. Même chose si c’est les comédiens qui réagissent (ceci dit ça ne devrait pas arriver, voir cet article). Ca peut être de petites choses, quelqu’un  a une soudaine quinte de toux (peut-être proposer de prendre un verre au bar ?), quelqu’un rit extrêmement fort, une personne propose toujours le même thème à chaque impro… Il y aurait plein d’exemples à donner, mais pour moi l’essentiel est qu’on ne peut pas ignorer quelque chose que tout le monde remarque. En plus ça donne des occasions d’interagir et de discuter un peu avec le public, ce qui est toujours sympa, à condition de…

 

Ne pas trop en faire

Les gens ne viennent pas voir le one man show de l’animateur, ils viennent voir de l’impro. Donc l’animateur doit rester relativement discret. Si des impros nécessitent une préparation un peu longue (comme une Constellation), alors pourquoi pas, mais il faudrait éviter de multiplier ce type d’impro et aller plus vite pour lancer les autres. Mais il faut aussi éviter d’aller trop vite. Souvent on met un peu de musique pour marquer la rupture entre deux impros, ça permet de se vider un peu la tête pour repartir de plus belle, mais il faut la laisser assez longtemps (même 10s peuvent suffire) et prendre le temps pour enchainer avec l’impro suivante. Je ne sais pas s’il y a un timing idéal, il faut laisser assez de temps pour que les comédiens soient prêts à partir, mais pas trop non plus… C’est un équilibre à trouver.

Mais pour moi le pire est quand un animateur essaie de jouer un personnage. Je considère que l’animateur est une sorte de personnage, mais je n’ai pas l’impression de le jouer. J’ai vu des spectacles avec par exemple un duo d’animateurs (déjà je n’ai jamais vu de duo d’animateur qui ne soit pas catastrophique) jouant des dieux grecs, avec des sortes de petits sketchs entre les impros. C’est horrible, arrêtez-ça, l’animateur n’est pas là pour jouer des sketchs. Même dans le cas où ce serait très réussi et très drôle (du jamais vu pour moi) ça ne fait que rallonger le spectacle et frustrer les joueurs.

Et toujours dans la même veine, éviter de faire des phrases trop complexes, de vouloir parler joliment, ça marche très rarement. Le mieux c’est encore d’aller à l’essentiel. Finalement il faut rester simple.

 

Avoir la pêche

Quand je dis « avoir la pêche » je ne veux pas dire que l’animateur doit crier et sauter partout (voir paragraphe « ne pas trop en faire »), mais en tout cas il ne doit pas avoir l’air de s’ennuyer. Je dirais même qu’il devrait systématiquement avoir l’air de s’amuser. Pas besoin d’être super énergique s’il est souriant.

Il se trouve en plus que l’absence de pêche est souvent un effet secondaire à cause d’un « personnage » que l’animateur joue, raison de plus de l’éviter.

 

Être suffisamment rigoureux

Il y a beaucoup de petites choses à gérer quand on animer un spectacle : la musique à stopper, les catégories à choisir et expliquer, éventuellement un thème à donner, la situation de départ (combien de joueurs par exemple), peut-être un décompte… Bref ça parait peu de choses, mais dans le feu de l’action si on débute on ne peut pas penser à tout. Par exemple si vous décomptez « 5,4,3,2,1 impro » avant chaque impro, vous ne pouvez pas l’oublier une fois sur trois. Si les joueurs s’attendent toujours à avoir un thème et un nombre de joueur en position sur scène, alors il faut leur donner. Une première solution est de simplifier le décorum au maximum, comme ça le risque est limité. Une deuxième solution est de tout noter : dans les premiers spectacles que j’animais j’avais tout écrit par avance sur des fiches et je les sortais dans l’ordre prévu. Je l’ai fais progressivement de moins en moins et je ne le fais plus, mais c’était bien pratique pour éviter d’avoir à réfléchir.

Je mets quand même un gros bémol sur cette rigueur à avoir, parce que je pense qu’un animateur peut être complètement à la ramasse et faire un peu n’importe si :

  • Il écoute tout se passe (y compris le fait qu’il fait n’importe quoi)
  • Il n’en fait pas trop (il n’essaie pas non plus d’en rajouter)
  • Il a la pêche et à l’air de s’amuser (et les joueurs aussi)

 

Enfin voilà, je pense que c’est les points principaux. Après il y plein de façons différentes d’animer, on peut être plus ou moins énergique, chauffer plus ou moins le public, on peut être plus ou moins taquin ou jovial. J’aurais aussi quelques mini-conseils supplémentaires, comme ne pas minimiser la difficulté ou sur-vendre l’impro (« ils vont jouer une catégorie qu’ils maitrisent, vous allez voir ce sera génial ! »), ou ne pas se foutre de la gueule de membres du public (on peut être taquin dans la joie et la bonne humeur). Mais ça suffira pour aujourd’hui.

 

 

5 réflexions sur “L’animation de spectacles

  1. Article intéressant!! On parle rarement de ce rôle, et c’est si souvent mal fait!!

    Il y a pas mal de jeux en fait pour entraîner l’animateur. (beep beep game notamment)

    J’ai envie de rajouter des choses =)

    La première, c’est que je n’aime pas du tout les début de spectacles super hauts en énergie, avec des gens qui courrent partout et qui dansent. C’est souvent moche, pas propre, pas coordonné.

    Je n’aime pas non plus qu’on me fasse crier / applaudir (j’ai rien entenduuuuuuuuu…). C’est le début du spectacle, et pour l’instant, je n’ai pas encore été impressionné. J’applaudirais quand vous le mériterez!

    Du coup, j’aime bien les débuts posés, joyeux mais pas euphoriques.

    Pour moi, un des rôle principal de l’animateur, c’est d’absorber le premier choc avec le public. Il y a toujours une peur assez intense avec le premier contact avec le public, et c’est à l’animateur de l’encaisser. Monter sur scène le plus détendu possible, et détendre le public.

    Pour détendre le public, il y a cette technique classique de dire quelque chose qui est vrai pour cette salle (un commentaire sur le temps, sur les murs, sur l’ambiance) bref, quelque chose qui montre qu’on est présent et avec le public.

    Il est très important pour moi aussi de connecter avec le public comme tu le dis dans ton article, et c’est une raison pour laquelle je n’aime pas les débuts avec des gens qui sautent sur scène, parce que c’est très isolé. Les gens ne regardent pas le public.

    Je plussoie également mille fois le « pas de personnage » / « pas de sketchs »!!

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    • Dernièrement on a démarré pas mal de spectacles de but en blanc avec une improvisation « crescendo / décrescendo » (démarre avec 1 improvisateur faisant une impro solo, un deuxième arrive et démarre une autre impro à 2, et ainsi de suite jusqu’à être 4 ou 5 puis le dernier arrivé repars et on revient sur l’impro précédente, et ainsi de suite jusqu’à revenir à l’impro solo du début).

      Du coup on rentrait dans le vif du sujet, le public rencontre ainsi tous les improvisateurs, ça ne dure pas longtemps. Le concept n’est pas expliqué au public, c’est drôle parce qu’on entend les gens du public comprendre ce qui se passe au fur et à mesure.

      J’aime bien ce type de démarrage.

      Par contre j’aime bien aussi chauffer le public, ce qui est assez paradoxal parce que comme toi je n’aime pas trop crier (ou participer en général) quand je suis dans le public. Mais il y a aussi des gens qui adorent ça, et je trouve très important de donner l’autorisation au public de faire du bruit, que ce soit rire ou applaudir. Ça parait bête mais surtout quand on joue des pièces de théâtre on sent clairement la période de chauffe et le moment où le public commence vraiment à oser réagir, c’est agréable et communicatif, donc autant le forcer un petit peu.
      (après relancer du « est-ce que vous êtes lààààà ???? » après 3 impros molles alors que le public ne réagit pas et qu’il sont 8, c’est pas top)

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  2. Je suis d’accord que c’est très important de donner la permission au public de s’exprimer : applaudir, rire, suggérer, etc… Mais pour moi, ça ne passe pas par « chauffer la salle » dans le sens habituel du terme.

    J’aime bien des trucs comme : applaudissez si c’est votre premier spectacle d’impro. Ou « dîtes bonjour à votre voisin ». Ou faire applaudir le public avec un doigt dans la main pour faire un bruit de pluie…

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  3. C’est un article qui pourrait être développer sur de longues page mon pti Hugh…
    Pour en présenter de plus en plus de spectacle, je dirai que je découvre à quel point ce rôle est crucial pour la réussite d’un spectacle. Le MC donne le rythme, interagit avec le public (et je suis plutôt partisan d’un peu de chauffe pour liberer les chacras du public, un peu d’humour et d’energie, ça dynamise et ça fait du bien 🙂
    Tu peux avoir de super comédiens, tu peux vite avoir un spectacle foireux si la presentation se passe mal, creux d’energie, noir mal choisi etc.
    C’est un rôle subtil, on a trop tendance à séparer mc et comédiens alors que c’est une seuie équipe sur scène 🙂

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    • Ah oui bien sûr, l’animateur fait partie intégrante du spectacle, la réussite du spectacle est autant de sa responsabilité que celle des comédiens ! Par contre attention de ne pas trop se reposer sur lui non plus…

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