Feedback et débrief en atelier

Il y a plein de façons différentes d’animer des ateliers d’impro, mais au final on va toujours d’une façon ou d’une autre faire des impros et en discuter. La façon dont ce sera fait va dépendre des participants, de l’animateur (ses goûts, sa personnalité…), des sujets abordés… Mais la principale différence que je vois est celle-ci : soit l’animateur intervient au cours des impros, soit il laisse la scène se jouer et débriefe à la fin.

Je fais clairement partie de la seconde catégorie. J’interviens peu au cours des impros, ou alors plutôt en criant des directives succinctes, « réagis à la proposition ! » ou encore « dites-nous qui vous êtes l’un pour l’autre ! ». Si la scène s’enfonce progressivement alors je l’arrête tôt, si elle marche je la laisse aller à son dénouement. Dans tous les cas je fais toujours un petit débrief après, si possible en en discutant avec tous les participants (même si le plus souvent je me retrouve à parler tout seul et tout le monde fait mine d’acquiescer). Le petit débrief peut devenir un peu long si j’ai noté beaucoup de points qui me semblent intéressants : ça peut être à la fois des choses que j’estime être à corriger, mais également les choses à garder ou des principes à réutiliser. L’objectif du debrief est pour moi assez simple : trouver la ou les principales raisons de l’échec ou de la réussite (même si je n’utiliserais pas forcément ces termes là, mais bon…).

Je préfère laisser les impros se dérouler sans intervenir parce que d’une part on ne peut pas savoir ce qui va se passer par la suite, et une impro mal partie peut se redresser (même si j’avoue que c’est plutôt rare…), et d’autre part parce que c’est toujours intéressant de voire les conséquences de ce qui est joué. Si dans une impro il se passe 30s sans qu’on sache où on est et qui sont les personnages sur scène, je peux intervenir et forcer ces informations à être données, ou alors attendre encore une minute ou deux. Il y a de grandes chances que la scène n’arrive pas à avancer parce que les bases ne sont pas posées, mais il est à mon avis nécessaire de le constater (et le re-constater et le re-re-constater). Il est aussi possible que ces informations arrivent d’elles-mêmes, ou qu’il n’y en ait pas besoin au final.

Enfin bref il y a petit côté « je vous laisse patauger dans la bauge », mais je pense que c’est important de patauger dans la bauge en atelier. C’est important de pouvoir le reconnaitre (dans tous les sens du terme) et voir comment essayer de s’en sortir.

En plus le fait de laisser jouer peut permettre aux autres participants d’être plus actifs dans leur analyse de la scène, et débriefer ensemble, trouver ce qu’on aurait pu changer à cette scène pour soit plus intéressante ou qu’est-ce qui a amené telle autre scène à être incompréhensible.

Mais l’autre pendant (intervenir au cours des impros) a aussi ses avantages. Le cas le plus extrême que j’ai eu en atelier était avec Philippe Saïd comme intervenant. D’après ses dires il s’est un peu calmé et intervient moins qu’avant, mais je ne peux qu’imaginer comment c’était. J’ai fait plusieurs stages assez longs avec lui et je pense qu’il intervenait systématiquement dans toutes les scènes, souvent en les stoppant, donnant des indications puis demandant à reprendre. Et force est d’admettre que la plupart des remarques étaient très pertinentes. Mais immanquablement beaucoup de participants sortaient d’atelier en étant un peu frustrés. Les interventions découpent l’impro, c’est difficile de reprendre et la sensation d’être très fortement guidé n’est pas non plus du goût de tout le monde. En plus la multiplications des interventions pouvait amener des scènes courtes à durer une demi-heure, et du coup les autres ont moins le temps de jouer.

Je me dis que c’est peut-être plus adapté à des groupes réduits (5 ou 6 personnes par exemple), où tout le monde aura quand même le temps de jouer plusieurs fois, où on peut arrêter, recommencer, changer de joueurs mais chacun peut participer.

En plus il peut arriver qu’on intervienne pour demander des choses qui allaient justement être faites. Si on intervient trop tôt alors c’est frustrant pour les joueurs qui sont coupés dans leur élan mais si on intervient trop tard, alors l’intervention n’est plus pertinente… Du coup c’est un peu plus « risqué ».

Par contre cette méthode à l’avantage de ne rien laisser passer, d’être très précis sur les retours, alors que faire un feedback après 10 minutes d’impro nécessite une bonne mémoire (pour tout le monde !) ou alors de prendre des notes (ce qui m’empêche personnellement de me concentrer sur la scène). Donc on est forcément moins pertinent.

En tout cas pour ma part je reste dans le clan des débriefeurs, mais je pense qu’il faudrait aussi que j’intervienne plus souvent en cours d’impro, ou faire arrêter rapidement puis recommencer. Je le fais assez peu alors que patauger dans la bauge ça va bien cinq minutes, mais au bout d’un moment il faut savoir jeter sa veste dessus pour aider à en sortir.

Si des gens qui ont subi ou pratiquent l’une ou l’autre méthode, vos retours sont les bienvenus !

 

 

 

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