L’improvisation longform vue par l’UCB – partie 2

J’ai présenté rapidement l’improvisation Longform telle que décrite par l’UCB dans leur livre « Comedy Improvisation Manual », mais j’ai encore quelques réflexions sur le sujet, qui s’éloignent un peu du livre. Les voici pêle-mêle.

Si vous avez raté la première partie, vous la trouverez ici. Maintenant que vous êtes à jour, nous pouvons continuer.

Les personnages

J’ai écrit un article sur les personnages il y a quelques semaines, et la position de l’UCB se rapproche finalement assez de la mienne. Le livre aborde très rapidement le sujet, mais la préconisation est plutôt de jouer de personnages proches de soi, notamment pour éviter les caricatures. Et dans tout le livre ils ne cessent de répéter qu’il faut systématique agir et régir comme on le ferait naturellement, ou en tout cas comme le ferait le personnage (ils parlent de réagir « at the top of your intelligence », mais ça veut un peu tout et rien dire).  L’objectif est toujours d’avoir une situation et des réactions crédibles, même dans une situation exagérée voire absurde. Je suis complètement en phase avec ce principe, qui s’applique parfaitement dans n’importe quel type d’improvisation.

Jeu de la scène et histoires

L’UCB se concentre sur trouver le jeu de la scène, et exclut d’emblée toute possibilité de raconter une histoire. C’est donc en opposition avec ce que j’ai toujours considéré comme étant l’objectif de l’impro, puisque ma conception était plutôt « johnstonnienne ». D’ailleurs le titre du livre « Impro for storytellers » m’a toujours parut bizarre, puisque je trouvais qu’il abordait finalement assez peu le sujet de construire des histoires, et se concentrait toujours sur des scènes courtes. Mais je pense que ce titre a été choisi pour clairement se mettre en opposition à la conception de l’impro telle que décrite par l’UCB. Et finalement la notion de « storytelling » se résume presque à « faire évoluer des personnages », ce qui est effectivement sous-jacent dans tout ce que dit Jonhstone.

Mais je ne vois pas pourquoi ces deux conceptions de l’impro serait forcément opposées. Il y a d’abord la possibilité de faire des spectacles où dans certaines scènes on trouve un jeu (et on arrête quand on a atteint le paroxysme) et dans d’autres scènes on cherche à faire évoluer des personnage (et là on l’arrête quand l’histoire se conclut). On peut aussi faire des impros plus longues, où l’on chercherait à raconter une histoire assez construite, mais où régulièrement on aurait des scènes avec un jeu. C’est un peu le principe du « Monoscene », un type de longform dont parle le le livre.

Il n’est pas non plus forcément nécessaire de chercher activement le jeu de la scène, il peut simplement venir de lui-même, et il suffit de le reconnaitre quand il apparait. Cet article (merci Ian 😉 donne un point de intéressant, voici une petite citation traduite :

En sept ans d’impro, je me souviens de mes scènes préférées en détail. Et je peux vous dire que dans aucune d’entre elles je ne cherchais activement Le Jeu De La Scène. D’ailleurs ce que ces scènes ont en commun est justement que je ne cherchais pas. Je m’amusais juste.

Moi-même je vois plein d’impros que j’ai jouée où concrètement on jouait un jeu, et ce même sans connaitre bien le concept de jeu de la scène.

Donc pour moi la « méthode UCB » est peut-être surtout intéressante quand on débute en impro (en ayant des objectifs clairs), ou alors pour travailler spécifiquement sur l’efficacité sur scène. Mais elle a ses limites et surtout elle n’est pas du tout incompatible avec d’autres conceptions de l’impro, donc ça reste une facette à travailler, mais qui reste un peu réductrice.

Enfin ça reste un point de vue de quelqu’un qui n’a que peu d’expérience sur ce sujet précis, donc ça vaut ce que ça vaut.

Sketchs, Saturday Night Live et Cinéma

Si vous ne connaissez pas le Saturday Night Live, il s’agit d’une émission américaine hebdomadaire de sketchs comiques qui tourne depuis au moins 30 ans. De nombreux comédiens sont passés par là avant de faire du cinéma, et beaucoup d’entre eux venaient de troupes comme UCB ou Second City. Et ces sketchs sont structurés exactement comme ce que propose l’UCB : on cale la situation initiale en quelque secondes, on lance le jeu, on le développe et on arrête quand on atteint le sommet.

Par exemple, ce sketch avec Will Ferrel et Jim Carrey :

On a un jeu simple, qui est issu du comportement absurde d’un personnage et l’autre joue un « straight man », réagissant comme le ferait quelqu’un de « normal », posant des questions et disant des évidences.

Jusque là, tout va bien. Mais parfois, les sketchs de SNL deviennent des films. Quand un personnage récurrent est vraiment populaire alors il se peut qu’il ait droit à son long métrage. Et du coup il devient nécessaire de créer une histoire autour des sketchs. Il y a eu plus d’une dizaine de films adaptés de la sorte. Le premier et plus connu est sans doute les Blues Brothers, film culte s’il en est. Mais au final ce qu’on se rappelle du film c’est avant tout les musiques et ensuite peut-être les courses-poursuites. Et quand il est sorti la critique principale envers le film était son scénario prétexte et peu intéressant. Ensuite on aurait Wayne’s World, là encore film culte, et qui a d’ailleurs eu plutôt de bonnes critiques. Ces deux films ont eu droit à une suite, qui elles furent unanimement descendues par la critique.  Et il y a eu une dizaine d’autres films, globalement considérés comme moyens voire mauvais, et ayant eu assez peu de succès auprès du public.

Autre exemple récent : le film Anchorman, avec Will Ferrel et réalisé par Adam McKay, un des fondateurs de l’UCB. Le film est effectivement une série de sketchs (non basé sur des personnages de SNL), mais l’histoire qui tient le tout ensemble est correctement construite et franchement j’ai bien aimé ce film. On s’attache quand même aux personnages et ils ont même le droit d’évoluer pendant le film. Le deuxième est sorti l’année dernière, et là j’ai trouvé que le côté « enchainement de sketchs » était encore plus présent, avec une histoire moins intéressante et surtout des sketchs qui sentaient le réchauffé (il y a des scènes qui sont juste identiques à celles du premier film, mais en plus gros).

Je ne sais pas exactement où je voulais en venir avec ça, je suis un peu fatigué, donc ce sera tout pour aujourd’hui !

 

 

Une réflexion sur “L’improvisation longform vue par l’UCB – partie 2

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