De l’intérêt de la culture générale

Les improvisateurs ont tout un tas de méthodes, de techniques, d’astuces pour les aider, mais il y a un élément capital qui est rarement mis en avant : la culture générale.

C’est en lisant cet article de Will Hines que je m’en suis vraiment rendu compte, même si ça peut paraître une évidence pour certains. Pour ceux qui ne sont pas à l’aise avec l’anglais en voici un petit passage mal traduit :

Les bons improvisateurs lisent des livres, regardent des films, suivent l’actualité et connaissent les séries du moment. Ils absorbent et se souviennent de tout. Ils connaissent la Bible et les tenants de toutes les religions les plus répandues, ils connaissent les émissions télévisées des générations précédentes, les classiques de la littérature et ont une bonne connaissance de l’Histoire.

Evidemment on ne peut pas tout savoir sur tout, mais je pense qu’on peut avoir au moins quelques notions sur la plupart des sujets. Et rien que ça, ça peut aider.

Je vois plusieurs cas où l’étendue de la culture générale aide vraiment l’improvisation. Tout d’abord je vois les cas très concrets où l’on va par exemple se retrouver à jouer un personnage ayant un métier spécifique ou dans un milieu spécifique. Par exemple si vous jouez un plombier (dans une scène où il fait de la plomberie, cela va sans dire) il va sans doute falloir parler de siphon, de joint ou de tuyau d’évacuation. C’est un exemple tout bête et je pense que n’importe connait ces termes. Mais si on va sur un métier encore plus technique comme un mécanicien, là ça commence à devenir plus compliqué. Combien de personnes savent ce qu’est un joint de culasse par exemple ? Et même s’il n’est pas nécessaire de maîtriser le moteur quatre temps, la connaissance générale du fonctionnement et des principaux composants peut permettre d’éviter de jouer forcément un mécanicien incompétent. Même chose si vous jouez un physicien, une vague connaissance de la physique quantique ou de la théorie des cordes peut être une aide considérable.

Autre cas très concret : les improvisations « historiques », c’est-à-dire qui se déroulent à une époque précise. Connaitre les bases du système féodal, ou la démocratie athénienne, ou encore la Renaissance italienne est presqu’indispensable pour s’immerger un minimum dans l’époque. Et plus les improvisateurs seront à l’aise avec une époque, plus ils seront à l’aise dans l’impro. On a tous quelques notions, ce sont choses qu’ont a apprises au moins à l’école primaire et au collège, mais on n’a pas non plus tous retenus les mêmes éléments (si tant est que nous en ayons retenu quelque chose). Et aussi quel plaisir de voir jouer des improvisateurs qui ont l’air de savoir ce dont ils parlent !

En dehors de ces cas concrets, l’autre versant de la culture générale qui apporte énormément est la culture « média », c’est-à-dire la culture télévision-cinéma-littérature-théâtre. Déjà d’une part cela peut alimenter la culture générale du quotidien dont je parlais juste avant : en regardant une série télévisée sur la plomberie je vais sans doute apprendre des choses que je pourrais utiliser en impro. Mais surtout ça nous donne une culture des histoires. J’ai fais un stage d’impro hier avec le formidable Mark Jane sur la structure narrative, et l’une des premières choses qu’il nous a dit est que nous étions tous abreuvés d’histoires depuis notre enfance et que nous sommes donc tous experts en histoires. On sait quand une histoire marche ou pas, on sait ce qu’on a envie qu’il se passe, même si ce n’est pas forcément conscient.

Pour n’importe quelle histoire qui est improvisée on peut sans aucun doute trouver une histoire similaire (au moins par morceau) qui a été écrite. Il n’y a pas tant d’histoires que ça, en tout cas pas fondamentalement, les différences seront dans les détails.

Du coup connaitre des histoires peut aider à voir où l’histoire que l’on construit pourrait aller, et ensuite choisir d’y aller ou pas.

Attention, il ne s’agit pas de pomper intégralement des histoires existantes, mais si une scène vous fait penser à une histoire que vous connaissez (peut-être inconsciemment d’ailleurs !) pourquoi ne pas aller dans ce sens ? Si c’est ce qui vient dans l’instant alors c’est ce qu’il faut faire ! Et d’ailleurs rien n’empêche de reprendre une histoire connue adaptée dans un nouveau contexte. Combien d’histoires existantes ne sont que des variations de Roméo et Juliette par exemple ? On dit toujours qu’il faut éviter de réfléchir et faire la première chose évidente qui vient à l’esprit, mais si cette évidence pour l’improvisateur est issues d’années de réflexion de dizaines d’auteurs, tant mieux !

 

En tout cas c’est personnellement quelque chose sur lequel je vais essayer de travailler. Je vais notamment me relire un maximum de livres d’Histoire pour me rafraîchir un peu la mémoire sur l’Égypte antique, le moyen âge ou encore la mythologie grecque. On va dire que c’est une bonne résolution pour 2015 : ingurgiter de la nourriture pour l’esprit pour la digérer sur scène.

4 réflexions sur “De l’intérêt de la culture générale

  1. C’est fou, ça me conforte dans mon idée que l’impro permettrait de développer plein de compétences au collège. Quel meilleur moyen de réinvestir le cours de maths sur la numération babylonienne et le cours d’Histoire sur la Mésopotamie que d’avoir des improvisateurs immergés dans le Croissant fertile pour une impro ?

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s