Impro à Chicago vol.3 : SPECIFICS !

Ici les impros sont souvent très conversationnelles, en particulier dans les scènes longues (et quand je dis longues je veux dire plusieurs dizaines de minutes). Alors qu’en France une scène qui se limite à une conversation sera en général considérée comme a priori inintéressante, et d’après mon expérience elle le sera souvent a posteriori. Qu’est-ce qui fait qu’à Chicago ça fonctionne mais pas à Lyon ? Les SPECIFICS !

(C’est à dire le fait d’etre très spécifique et de donner des détails. Ah oui et je n’ai toujours pas d’accents circonflexes, désolé.)

Un défaut récurrent chez les improvisateurs débutants est de ne pas dire exactement ce dont on parle. On parle de « ça », de « cette chose là-bas », ou de « eux », sans oser préciser. Là-dessus je pense que tout le monde sera d’accord pour dire qu’il est primorial d’éclaircir ces éléments au plus vite. Mais ici on est encouragé à non seulement dire ce dont il s’agit, mais à donner un maximum d’éléments spécifiques. Tout le temps.

Prenons un exemple vu lors d’un atelier avec Matt Higbee (un pédagogue exceptionnel, soit dit en passant). Dans une scène quelqu’un mime de regarder à travers des stores et dit, apeuré : « Ils arrivent. Ils arrivent pour nous ! ». Et la scène continue sans que jamais on ne sache de qui il s’agit. Après la scène Matt demande à la personne qui elle imaginait et elle répond qu’elle voyait un gang. Ce à quoi Matt répond :

Alors pourquoi ne pas dire (remimant la scène) « Il y a un gang dehors ! » ? Ou meme donner un nom un nom au gang ? (rebelote) « C’est le gang des  Princesses Persannes. (Rires du public. Un temps.) Elles ont des Suzuki. » (Explosion de rires). Pourquoi vous riez ?

Pourquoi, en effet, as-t-on tous éclaté de rire ? Il n’y a absolument rien d’intrinsèquement drole ni d’original au fait qu’elles aient des Suzuki. Mais la spécificité fait que c’était drole. S’il avait dit « moto » ça l’aurait sans doute été beaucoup moins.

Et il n’y a rien de particulièrement compliqué là-dedans. Il a pensé à un gang de femmes (les deux personnes jouant la scène étaient des femmes), a dit le premier nom qui lui venait (on l’a fait en échauffement le lendemain : n’importe qui peut trouver un nom ridicule de gang en un clin d’oeil) et ensuite comme il les imaginait en moto, a précisé la marque.

C’est un exemple tout bete, mais que je trouve très parlant. On a toujours très largement le temps de donner autant de détails qu’on veut, et il n’y a pas de difficulté particulière à le faire. Et le fait d’avoir ces éléments spécifiques va donner plus de possibilités de jeu. Ils serviront ou non, mais en tout ils sont là si besoin.

Cette recherche de spécificité se retrouve dans les « simples » discussions. Deux personnages qui restent vagues ne ressembleront sans doute pas à de vraies personnes, puisque dans une conversation réelle les gens vont  citer des exemples précis, raconter des anecdotes en détails etc. Et si ces personnages ont l’air reels, on va s’intéresser à ce qu’ils racontent, meme si cela ne parait pas intéressant de prime abord. Voyez par exemple les dialogues de Tarantino. Les scènes les plus connues et mémorables de Pulp Fiction sont peut-etre celles où il ne se passe rien et rien d’important n’est dit. Mais les dialogues sont très riches en détails et choses spécifiques.

Concernant ces détails et choses spécifiques : comment trouver ces détails pour pouvoir les injecter ? L’imagination va aider, c’est sur, mais le plus efficace est encore de pomper directement dans ses connaissances et ses expériences personnelles : les choses qu’on a fait, les personnes que l’on connait, les opinions que l’on a. Nous sommes tous des mines de connaissances et d’anecdotes qui ne demandent qu’à etre exploitées.

Autre astuce : choisir de se mettre dans une position où l’on sait de quoi on parle. Si je peux choisir quel métier j’exerce dans une impro, pourquoi choisir l’inconnu ? Avec mes connaissances personnelles je vais avoir du mal à jouer un mécanicien ou un avocat, par contre je pourrais complètement faire illusion en tant que prof de maths (j’ai fait des études scientifiques), ou chercheur en acoustique (j’en connais), ou informaticien (je l’ai été), ou encore bien d’autres choses. Et si on m’impose autre chose, je ferai avec. Mais si je peux choisir (et en général je peux), pourquoi choisir de faire quelque chose que je connais mal, ou que je n’aime pas ?

 

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