Impro à Chicago vol.4 : l’exception culturelle française

1852212599_1Parlons un peu de la distinction Short Form / Long Form telle qu’elle est perçue ici. Attention spoiler : voici l’article où je dis du bien du match d’improvisation. Il fallait bien que ça arrive un jour.

Chicago est la capitale de l’impro Longform, concept popularisé par Del Close dans les années 80. Ailleurs aux états-unis l’impro Longform est extrèmemement populaire, mais on trouve également beaucoup de Short Form (on en trouve à Chicago, mais c’est un peu plus marginal).

Ailleurs dans le monde le Longform est clairement marginal, et le Short Form est roi. (je vais essayer de définir les deux termes un peu plus loin, soyez patients)

Enfin quoi qu’il en soit, la distinction entre les deux est vue comme claire et nette. Lorsque Charna Halpern nous a fait un petit discours de bienvenue pour le Summer Intensive, la première heure du premier jour, une des premières choses qu’elle a fait était de demander qui parmi les participants pratiquait du Short Form. C’était pour les rassurer, et également prendre le temps de dire qu’ils n’ont rien contre l’impro Short Form, et d’ailleurs une bonne partie des profs à l’iO sont issus de cette culture. L’impro reste de l’impro. Mais cela sous-entend aussi qu’il existe une vraie rivalité vécue par certains, et effectivement après discussion avec pas mal de monde de différents horizons il y a une bonne part de snobisme des deux cotés.

Mais comment définir ces deux approches de l’impro ? C’est finalement assez simple : en Long Form on prend (ou pas) une suggestion et on construit un spectacle à partir de ça, en explorant diverses thématiques, alors qu’en Short Form on enchaine les jeux scéniques courts.

Voilà voilà… Et vous vous demandez sans doute maintenant (si ce n’est pas le cas je le fais pour vous) : qu’est-ce qu’on fait en France ?

A priori ce serait surtout du Short Form. Mais je ne sais pas vous, mais sur tous les spectacles que j’ai vu il n’y en avait pas beaucoup où il n’y avait que des jeux (ou « catégories », si vous voyez où je veux en venir). Il y a presque toujours des improvisations « libres », et beaucoup de spectacles en usent exclusivement.

Mais le concept d’improvisation libre est tout simplement inconnu de presque tous ceux à qui j’en ai en parlé. Et j’en ai parlé à des improvisateurs de beaucoup de pays, de la Lituanie au Portugal en passant par la Corée (ce qui n’est pas le plus court, certes). J’avoue que je ne m’y attendais pas. Pour moi meme le Theatersports (sans doute le format le plus répandu dans le monde) incluait des impros assez libres, mais apparemment c’est vraiment exceptionnel.

En France on trouve à la fois des impros fortement contraintes et des impros libres, des impros de quelques minutes et des impros longues, et souvent le tout alterné dans un seul spectacle. Enfin il n’y a pas qu’en France, il y a au moins aussi la Belgique, la Suisse francophone (pas en Suisse Allemande) et le Québec.

« Mais comment se fait-ce ? », me demanderez-vous si vous n’avez toujours pas compris que c’est grâce au Match d’Improvisation. Ce format que personne d’autre dans le monde ne pratique (« Rules based on ice hockey ? What the… ? »), mais qui a démocratisé l’impro au Québec avant d’être importé dans les autres pays francophones. Ce format qui fait se côtoyer des contraintes fortes et des impros libres, avec des durées pouvant aller de 30 secondes à 20 minutes.

Donc merci le Match.

Anecdote amusante : Tara DeFrancisco disait aujourd’hui que son équipe préférée de Short Form était ComedySportz Minneapolis, parce qu’ils incorporaient des éléments de Longform dans leurs impros, en particulier des edits et des tag-outs. Les edits c’est pour démarrer une nouvelle scène issue de celle qui est jouée, les tag-outs c’est pour faire sortir un ou plusieurs joueurs de scène et continuer une autre scène de l’impro avec ceux qui restent. Chose que l’on fait tout le temps sous nos contrées, sauf qu’en général on ne fait pas de tag-outs ou d’edit particulier, on entre en démarrant la scène et les gens sur scène comprennent s’ils doivent sortir ou non : c’est qu’ils appellent ici un French Edit. Amusant, non ? Bref.

Par ailleurs j’ai découvert quelque chose d’intéressant aujourd’hui, dans un atelier baptisé « utilisation du Short Form dans un Long Form ». Beaucoup de profs et de comédiens à l’iO Theater ont fait du Short Form pendant des années avant de basculer vers le Long Form, et en particulier presque tous mes improvisateurs préférés. The Improvised Shakespeare Company est composée presqu’exclusivement d’improvisateurs issus du Short Form, et leur spectacle est tout simplement une catégorie « à la manière de Shakespeare » mais en 1h30. Pareil pour Chaos Theory, une équipe de Harold mais qui arrive à rendre le format intéressant. Et bien d’autres encore… Alors qu’au contraire, les moins bons spectacles que j’ai vu étaient des improvisateurs moins expérimentés, et pour la plupart ayant été uniquement formés au Long Form.

Alors certes le fait qu’ils soient moins expérimentés est peut-etre suffisant pour expliquer la différence de qualité, mais l’absence de formation au Short Form est peut être en cause également. En travaillant des jeux ou des impros très contraintes on apprend très vite à jouer, s’amuser des erreurs, prendre du plaisir sur scène quoi qu’il arrive. Et c’est souvent ce qui manquait dans les moins bons spectacles.

Commencer par du Short Form, puis passer au Long Form une fois qu’on s’est lassé est très courant. Le contraire beaucoup moins à ma connaissance. Et d’ailleurs en France beaucoup d’improvisateurs font ou on fait la même chose : démarrer avec des spectacles très orientés jeux pui au bout de quelques années basculer vers des formats beaucoup plus libres. Mais en France on a la chance de pouvoir le faire très progressivement, puisque la frontière en Short et Long est particulièrement floue.

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2 réflexions sur “Impro à Chicago vol.4 : l’exception culturelle française

  1. Salut Hugh. Je pense qu’en France l’on se trompe sur les définitions de LONG FORM et SHORT FORM. Pour beaucoup long form = émotions, constructions et Short form = efficacité, humour. C’est bien plus complexe que ça.
    Pour ma part je crois que l’on devrait plus parler de Café Théâtre ou de Théâtre. C’est à dire que l’on peut tout à fait faire un long form « Café-Théâtre » et un format court « Théâtre ».

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    • Salut Alex, merci pour ton commentaire !
      Je dirais surtout qu’en général en France on part du principe que « impro = scène courte (= short form, mais bon le terme est peu utilisé) » et « impro longue = long form ». Et du coup si impro longue alors émotions, construction et si impro courte alors efficacité. Enfin c’est très centré sur la durée, alors que la durée n’a pas grand rapport au final… J’aime bien « Théâtre » ou « Café Théâtre » comme distinction, mais j’ai presque l’impression que cette dénomination oppose les deux. Finalement s’il faut vraiment donner des noms je préfère encore parler d’Impro Longues et d’Impros Courtes. Et par exemple un Harold serait pour moi un spectacles d' »impros courtes basées sur une seule suggestion ».

      Enfin bon, je ne sais pas si ce débat vaut le coup qu’on s’attarde dessus 🙂

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