Impro à Chicago vol.5 : same boat scenes

Je vais ici parler de la caractéristique principale qui pour moi est au coeur de la différence que l’on peut voir entre une scène improvisée ici et en France : ici, la plupart du temps les deux personnages seront d’accord l’un avec l’autre, ou en tout cas ils essaieront, et ils n’auront pas de problème à résoudre. C’est ce que certains appellent des « same boat scenes ».

Dans les spectacles que je vois (et que je joue) en France, et c’est a priori la meme chose ailleurs dans le monde, une scène peut souvent se résumer à un problème à résoudre ou à une forme de conflit entre personnages.

Et c’était flagrant la semaine dernière, lorsque nous travaillions sur les scènes à deux personnages avec Matt Higbee : quasi systématiquement, mais surtout chez les improvisateurs venant du Short Form ou d’une approche plus Johnstonienne, à un moment dans la scène un problème était trouvé. Parce qu’il faut qu’il se passe quelque chose, il faut un élément perturbateur pour que l’histoire avance, on cherche un « tilt » à partir de la plateforme. Et c’est alors que la scène devenait moins intéressante et moins amusante à jouer. En reprenant la scène et en évitant le conflit ou le problème, tout le monde s’amusait plus, joueurs et spectateurs.

Comment éviter le conflit ? Règle de comportement n°3 de Matt Higbee : Empathie et Compréhension. Si les personnages font preuve d’empathie et de compréhension, alors on aura envie de les écouter et de jouer avec eux (comme un etre humain dans la vraie vie, en fait…), et ils pourront trouver des compromis.

L’un des points les fondamentaux qu’on ait vu est l’importance des désirs de son personnages (les « wants »). Assez rapidement on doit pouvoir savoir ce que notre personnage veut, ce dont il a envie. Et alors on va simplement chercher à l’assouvir. Si on arrive à etre clair sur ce qu’on veut, alors la scène prend vie. Et quand on obtient ce qu’on veut ? Alors on est content, et le public aussi. On se rendra alors peut etre compte qu’on en veut encore plus, ou alors que ce n’était pas vraiment ce qu’on voulait ou qu’on veut maintenant autre chose, et la scène peut continuer.

Partir de ce principe et essayer d’avoir de vraies conversations en étant très spécifique permet d’avoir des scènes de plusieurs dizaines de minutes, chose que je n’ai jamais ailleurs (je parle bien d’une scène, pas d’une impro/histoire).

Et si un personnage veut quelque chose qui s’oppose à ce que veut un autre personnage ? Conflit ? Non, empathie et compréhension.

Les personnages deviennent plus riches, plus crédibles aussi. Par contre il est possible qu’il ne se passe rien dans la scène. Pas plus tard que mardi dernier, j’ai revu Rush & Steve et pendant 45 minutes ils ont joué deux cousins qui parlaient de refaire le driveway (je n’ai pas trouvé de mot français pour le dire…) de la maison. C’est tout. Ils ont aussi bu quelques bières particulièrement fortes et il s’avère que l’un d’entre eux était tueur à gage, mais pas d’action, pas de conflit, pas de problème. Ce n’était pas ce que j’ai vu de mieux ici, mais j’ai été accroché jusqu’au bout.

Une des façons de voir ces scènes est qu’on ouvre simplement une fenetre sur la vie de quelques personnages, et on les regarde vivre. C’est peut etre un moment important dans leur vie, mais comme dans la réalité ils ne vont pas enchainer les problèmes et les conflits en quelques minutes.

Alors cette approche n’est pas systématique non plus, meme chez les improvisateurs les plus expérimentés, surtout dans les scènes courtes, mais c’est la seule qui permet de vraiment faire vivre des scènes longues à mon avis.

Et le seul spectacle qui enfreint complètement ces « règles », qui met du conflit et des problèmes un peu partout est également le seul spectacle qui suit une trame narrative et c’est aussi le spectacle le plus populaire à l’iO Theater : The Improvised Shakespeare Company.

Donc bon.

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