Impro à Chicago vol. 6 : le Harold

Mon stage intensif vient de toucher à sa fin et je suis à l’aéroport, attendant mon avion. L’heure est donc venue d’aborder un élément essentiel de l’improvisation longform qui n’est autre que le format de spectacle phare de l’iO Theater : le Harold.

En ce qui concerne le format de spectacle en lui-même je vous invite à lire cette page, que je viens de mettre à jour (maintenant que je sais de quoi je parle…). Maintenant que vous êtes au point, je vais essayer de dire ce que j’en pense.

Je ne sais pas. Il y a encore une semaine je vous aurais dit que je ne voyais vraiment pas l’intérêt de ce format de spectacle, mais depuis j’ai eu l’occasion de m’amuser dans au moins Harold et j’ai vu des Harolds qui étaient non seulement de bons Harolds mais de bons spectacles tout court. Donc je ne sais pas ce que j’en pense…

Imaginons donc pour commencer que nous sommes la semaine dernière.

Il y a des Harolds tous les soirs à l’iO. Un spectacle typique sera une équipe de « vétérans » avec une équipe moins expérimentée en première partie. Et parfois l’équipe expérimentée joue un autre format, par exemple s’il ne sont pas assez nombreux. Il y aussi des spectacles de débutants qui viennent de finir le cursus de l’iO, ce qui intéressant aussi à voir.

J’ai vu des dizaines de spectacles à l’iO, et si je devais les classer par ordre de préférence, la deuxième moitié de la liste serait presqu’intégralement constituée de Harolds. Les équipes moins expérimentées arrivent à avoir au moins quelques bons moment mais ça reste en général assez chaotique, avec des scènes globalement peu intéressantes mais quelques vannes qui font passer le temps. Il y a aussi des comédiens exceptionnels que j’ai vu jouer des spectacles incroyables et que j’ai ensuite vu jouer un Harold avec d’autres vétérans. Le spectacle était alors plutôt bon, mais en deçà de ce qu’ils sont capables de faire.

Un exemple qui me reste en tête est Carl And The Passions, une équipe de Harold dans laquelle jouent TJ & Dave (sans doute le duo le plus connu et respecté aux US). J’avais l’impression de voir de magnifiques papillons à qui on aurait coupé les ailes.

Autre point important à noter : les équipes les plus expérimentées sont non seulement celles qui produisaient les meilleurs résultats mais également celles qui s’éloignaient le plus du Harold « standard ». Je crois qu’il y avait au moins toujours une ouverture pour dégager un thème (ou une thèse, idéalement), mais ensuite il n’y avait plus vraiment de structure reconnaissable (voir par exemple Chaos Theory).

Et donc je me demande vraiment pourquoi ce format est aussi populaire… Il est notoirement difficile à réussir, et quand il l’est c’est sympa sans être exceptionnel. Le format est aussi plutôt abscons pour un spectateur non averti, qui ne comprendra pas ce qu’il est en train de regarder. J’ai vraiment l’impression que le public visé est les improvisateurs eux-mêmes. Un néophyte ira plutôt voir Shakespeare, TJ & Dave, un Armando ou encore Whirled News et sera comblé.

Nous avons passé une semaine à pratiquer le Harold et nous avons globalement enchainé les échecs. Je n’ai pris aucun plaisir dans les Harolds où j’ai joué. Je me retrouvais sur le côté à réfléchir à ce qu’on avait dans l’ouverture qui pourrait générer une scène, ce qui se passait actuellement sur scène (pour intervenir si besoin), ce qui s’était passé dans les scènes précédentes (pour lancer le beat suivant), ce qu’on pouvait lancer comme group game… Et j’ai horreur de réfléchir en spectacle.

Revenons maintenant dans le présent. Que s’est-il passé pour que je change (un peu) d’avis ? Réponse courte : Steve Waltien. Réponse un peu complète : du sommeil rattrapé, un groupe qui s’est resaisi, un peu de chance et Steve Waltien.

La cinquième et dernière semaine du Summer Intensive est dédiée au travail sur différents formats de spectacles (la quatrième semaine est 100% Harold), et nous avions Steve Waltien comme prof (un des meilleurs improvisateurs que j’ai vu ici). Mais lundi nous avons, à ma grande déception, tout de même travaillé le Harold. En particulier nous avons retravaillé les ouvertures, et nous n’arrivions à rien. Et les Harolds étaient au mieux médiocres… Un des principaux problèmes était sans doute la fatigue du groupe. Nous étions tous au bord de l’épuisement, et il n’y avait plus tellement de cohésion, donc tout s’effondrait. Le lendemain, après un petit déjeuner ensemble avant le cours, Steve Waltien nous a refait faire deux Harolds, sans ouverture. Résultat : le meilleur Harold que j’ai eu l’occasion de faire, où tout le monde s’est amusé y compris moi, suivi par le meilleur Harold que j’ai vu en classe. J’ai repris foi dans le Harold et le groupe en lui-même, et par la suite tout a coulé de source.

Un des éléments importants que Steve nous a fait travailler est l’utilisation de l’ouverture et des group games pour influencer le format en lui-même. Par exemple dans un des Harolds que nous avons fait il y avait un group game sur des aspirateurs Rumba qui se révoltaient contre l’humanité, et ensuite dans le troisième beat chaque scène se retrouvait au milieu d’une révolte robotique (« Judgment Day »…). Ou encore après un group game sur « les mauvaises façons d’apprendre une mauvaise nouvelle » toutes les scènes incluaient l’annonce d’une mauvaise nouvelle.

C’est ce genre de choses qui me fait voir beaucoup de potentiel dans le Harold, mais malheureusement ce sont des choses que j’ai assez peu vues en spectacle.

En conclusion je dirais que je ne comprends toujours pas pourquoi le Harold est aussi populaire, étant difficile pour les débutants, obscur pour les néophytes et modifié à leur sauce par les vétérans. Mais ça va, j’aime bien quand même.

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