Qui, quoi, où… d’accord, mais quand ?

En dehors de scènes spécifiquement prévues pour se dérouler à une autre époque, par exemple une catégorie science fiction ou à la manière d’un péplum, c’était quand la dernière fois que vous avez vu l’époque (ou l’année) être précisée dans un spectacle d’impro ? Pour ma part je n’en ai pas de souvenir.

Et quand je parle d’époque, je pense par exemple aux années 80, ou bien l’année 2005. Des époques pas si éloignées, mais pendant lesquelles nous avons vécu et que nous connaissons donc plutôt bien (ce qui est toujours pratique pour improviser).

Il y a un principe narratif que j’aime bien, c’est le « Like reality unless noted » (comme la réalité sauf si précisé). J’allais rentrer dans le détail de ce principe, mais il s’avère que j’ai déjà rédigé un article sur le sujet, qui s’appelle Informations et Perceptions (oui, je suis nul en titres). Donc vous pouvez commencer par le lire. J’attends. C’est bon ?

Alors j’y parle des informations qui sont données explicitement ou sous-entendues dans une scène. Et un élément qui très (très) souvent sous-entendu est l’époque : on part du principe que les scènes se déroulent de nos jours, voire même aujourd’hui. Mais pourquoi préciser l’époque ? Qu’est-ce que cela pourra bien apporter ?

Eh bien déjà, si vous avez lu mon article précédent sur la conclusion de scènes, vous vous direz sans doute « mais c’est une façon d’apporter soudain un nouvel éclairage à la scène qui vient d’être jouée ! ». Effectivement, c’est un élément de contextualisation. C’est un mal-aimé de la plateforme.

Mais sinon l’époque est une source d’inspiration, au même titre que le lieu dans lequel se déroule une scène. Si le lieu est défini, il peut être utilisé, on peut faire des choses dans ce décor qui vont nous inspirer, il va nous donner des informations sur les personnages, la situation etc. Pour l’époque c’est la même chose, avec en bonus de l’ironie dramatique qui pourra pointer son nez à tout moment. (L’ironie dramatique c’est en gros quand le spectateur a plus d’informations que les personnages, voir une définition dans l’article Wikipedia).

Par exemple une scène où un couple se sépare parce que l’un d’entre eux part chercher du travail aux Etats-unis prendra sans doute une autre dimension si on apprend que nous sommes en avril 1912.

Il y a en plus un type d’histoire qui a priori devrait nous faire voyager à travers les époques : les récits biographiques. Je vois très souvent des spectacles d’impro tournant autour d’un personnage que l’on voit évoluer à travers les âges, c’est une façon assez simple et efficace de faire un format long narratif : on définit un personnage principal, on a beaucoup de liberté sur ce qu’il va pouvoir vivre, mais on a aussi plein d’étapes classiques d’une vie auxquelles on peut se raccrocher si besoin. Par exemple vous avez le spectacle Bio par la compagnie Eux, ou encore le spectacle Il(s) de Tibo Astry (qui n’est pas a priori une biographie mais le personnage y revit souvent ses souvenirs), ou même le Life Game de Keith Johnstone.

Eh bien figurez-vous que dans tous les spectacles que j’ai vu où l’on retraçait des dizaines d’années de vie d’un personnage, je n’ai aucun souvenir que les époques eut été précisées. Est-ce que le personnage est vieux aujourd’hui et son enfance se passe pendant la seconde guerre mondiale ? Est-ce qu’il est jeune aujourd’hui et du coup sera vieux dans un futur à imaginer ?

Un spectacle m’avait marqué en particulier : le personnage était septuagénaire et venait raconter son histoire. Puisqu’il venait aujourd’hui raconter son histoire, on peut donc supposer que son enfance se déroulait dans les années 50/60. Et en plus il avait un prénom arabe. Et les années 50/60 en France c’était pas forcément l’endroit le plus sympa et accueillant, surtout si t’étais (au hasard) Algérien. Donc c’est quand même loin d’être anecdotique ! Mais comme aucune mention n’a été faite de l’époque, ça n’a pas pu été utilisé.

Dans le cas pré-cité on commence déjà à être dans l’Histoire (en gros les époques où l’on ne peut plus trop se baser sur ses expériences personnelles parce qu’on ne les a pas vécues), ce qui peut ne pas être évident si vous n’êtes pas du tout calé dans le domaine. Mais comme je le disais plus haut ça fonctionne aussi pour des époques bien plus récentes.

Par exemple il y a quelques semaines je jouais un petit spectacle où j’étais en quatrième année de thèse (donc a priori âgé de 26 ans environ), et nous jouions une anecdote de quand j’avais 12 ans, donc vers 2002. Mon père entrait dans ma chambre et me demandait ce que je faisais sur l’ordinateur aussi tard. Pour moi 2002 c’est avant l’ADSL, donc l’internet avec le modem 56k qui fait tellement de bruit qu’il peut réveiller tes parents et qui empêche d’utiliser le téléphone. Ce n’est pas grand chose, et je ne sais pas si ça a changé la scène, mais ça aide  toujours de donner des détails, que ce soit sur le décor ou sur l’époque. Ca pourra toujours servir plus tard.

Est-ce qu’à l’époque de la scène on a des téléphones portables ? Ou Facebook ? Ou Meetic ? Ou un président de gauche (ce qui pourrait amener les personnages à avoir… des opinions politiques ! Damn, du presque jamais vu. ) ? Plein d’occasion de jeu, d’inspirations diverses et variées.

Et puis l’effet nostalgie, ça fait toujours plaisir, par exemple :

 

Enfin bref, l’époque. On n’y pense pas assez, surtout quand on fait des ellipses et flashbacks.

Pourquoi ?

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