L’homosexualité est un problème

whats-wrong-with-homosexualityEnfin apparemment. En tout cas c’est le message transmis par la grande majorité des improvisations que j’ai vu (en spectacle ou en atelier) et même auxquels j’ai participé.

Et ça, c’est un problème.

Très souvent (je vais rester vague parce que je n’ai aucun chiffre précis, et en plus ma perception est sans doute biaisée), lorsque dans une histoire un personnage principal est homosexuel alors ça deviendra un problème, un enjeu de l’histoire. Je parle ici d’histoire plutôt que de scène, parce qu’il me semble que cela apparaît moins lorsque l’on joue une simple scène indépendante (par exemple entre deux personnages homosexuels), et non une « histoire » constituée de multiples scènes et personnages.

Il me semble aussi que c’est encore plus commun chez les improvisateurs moins expérimentés.

Pourquoi donc ? Parce que l’on recherche toujours un enjeu, ce Saint Graal de l’improvisateur. On a trouvé un enjeu ? C’est bon on est tranquilles, on a trouvé des rails qu’on va pouvoir suivre. Perdus dans le brouillard initial de l’impro, dès qu’un potentiel enjeu est aperçu à l’horizon on se jette dessus comme des loups affamés. Et la nature même de l’improvisation crée des personnages initialement sans aucune caractéristique qui seront étoffés dans le temps (que ce soit la personnalité, l’histoire, l’âge, le métier etc.). Donc dès qu’on découvre une information qui nous paraît importante on va se jeter dessus. Et l’homosexualité est souvent vue comme une caractéristique importante d’un personnage, alors elle devient un enjeu, donc un problème : parents homophobes, coming out compliqué etc.

En plus c’est un « bon » enjeu, très pratique pour improviser : c’est un enjeu personnel, relationnel, émotionnel, l’histoire s’écrira presque toute seule, super. C’est toujours mieux que si la seule information qu’on a est qu’un personnage est boucher, et qu’alors l’histoire tourne autour de cette boucherie (peut-être d’un nouveau type de viande révolutionnaire qu’il va développer pour devenir riche…).

L’autre bonne nouvelle est que la plupart du temps on aura une « morale », tout ça se finira bien, l’homosexualité sera acceptée, tout le monde sera content.

Un peu comme dans un film tel que « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? » qui voit un couple bourgeois raciste découvrir que finalement tous les étrangers ne sont pas si mauvais, hein, après tout « y’en a des bien », dixit Didier Super.

Eh bien j’avoue que moi, à force, ça m’emmerde.

Attention, je ne nie pas que l’homosexualité puisse être perçue ou vécue comme un problème, qu’il puisse y avoir des mois de « débat » autour du mariage homosexuel en est bien la triste preuve. Aussi, j’ai bien l’impression que s’il y a des personnes homosexuelles à qui ça n’a jamais posé problème (à eux ou leur entourage) il s’agit plutôt d’une petite minorité.

Mais pour moi le revers de la médaille est qu’en en faisant un ressort quasi-systématique on valide un peu la notion qu’après tout c’est normal que les gens soit un peu homophobes, pas trop non plus mais bon un peu ça va. Et autre revers (nous considérons ici une médaille à trois faces) qui découle de la construction des personnages dans une improvisation est qu’une fois cet enjeu trouvé il va cristalliser l’attention, et finalement on aura des personnages dont la principale caractéristique est leur sexualité, et non leur personnalité. On aura donc le personnage de « l’homosexuel ».

Et si ça n’était pas un enjeu ? Si c’était juste un fait supplémentaire, sans conséquence sur l’histoire ? Si le message était que l’homosexualité n’est PAS un problème ?

Un peu comme les couples métissés au cinéma, qui aujourd’hui ne sont pas spécialement un enjeu narratif (sauf cas particuliers comme les drames historiques ou les comédies française gentiment racistes…) alors qu’il n’y a pas si longtemps ce n’était pas gagné.

Je repense à un spectacle dans lequel j’ai joué il y a quelques mois, où je présentais mon nouveau compagnon à ma famille. Et dans la première scène celui-ci stressait, et j’essayais de le rassurer, et il avoua qu’il stressait non pas parce qu’il était gay mais parce qu’il était flic, ce qui n’est pas forcément du goût de tout le monde. Ah comme ça m’a fait plaisir sur le moment ! Malheureusement quelques scènes plus tard il s’avérait que si, notre homosexualité était un problème, et tout le monde a ignoré son métier. (Bon la situation était un peu plus compliqué que ça, ma femme était décédée trois ans plus tôt et j’avais une fille de 17 ans, mais ce n’est pas une raison.)

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