Longform, Short Form, forme longue… De l’importance des mots

10-things-improvisors-should-do-besides-improv-1 J’avais cet article qui me trainait en tête depuis un moment, mais je me disais que finalement les mots ne sont pas bien importants, tant qu’on se comprend. Et puis je n’avais pas envie de faire le vieux con réac qui dit « c’est comme ça que ça doit se dire ! ». Mais avec le développement de l’impro et sa dimension internationale, je me rends compte que c’est quand même important après tout. Mais c’est peut-être trop tard.

De la francisation des termes

Les Français ont toujours aimé prendre des mots étrangers et les utiliser un peu n’importe comment. Pourquoi appeler une aire de stationnement un « parking » alors que le terme anglais est « car park » et le terme américain est « parking lot » ?  Pourquoi appeler un service de nettoyage et repassage des vêtement un « pressing » ou encore pourquoi appeler « sweat » (qui veut dire « sueur », sauf qu’on le prononce « swit », ce qui ne veut rien dire) un « sweatshirt » ? C’est drôle cette manie de prendre un bout d’un terme anglais, lui ôtant ainsi son sens et le faire entrer dans le langage courant.

Et c’est ce qui est en train d’arriver notamment avec Short Form et Longform dans le monde de l’improvisation francophone. Au début ça m’irritait un peu, mais je m’y étais habitué. Et finalement je me dis que si, c’est important. C’est important qu’on soit d’accord sur les termes qu’on utilise pour éviter les malentendus, et ce serait quand même mieux si on utilisait les mêmes termes que les autres pays du monde, ou au moins qu’on évite d’utiliser les mêmes termes pour désigner des choses différentes. Non ?

Actuellement, au moins à Lyon, je distingue en gros trois catégories principales de spectacles :

  1. Les spectacles qui sont principalement des enchainements de « catégories », des impros assez contraintes et plutôt courtes, et la plupart du temps avec un animateur ou MC ou arbitre. Il y a les spectacles qui ont une identité bien ancrée, je pense en particulier au Match et au Catch, et puis il y a tous les spectacles qu’on va généralement appeler des « Cabarets » ou des « Shows » d’impro (je préfère « cabaret » pour ma part, je trouve que c’est assez parlant, alors que « show », bah ça veut dire « spectacle », donc bon…).
  2. Les spectacles qui sont des enchainements de scènes plutôt courtes (<10 minutes), plutôt libres, sans lien direct entre elles (sauf peut-être thématique ou références ponctuelles) et souvent sans animateur ou MC extérieur. Ce qu’on appellerait en théâtre écrit des pièces à sketchs ou à saynètes.  Pour ceux-là la plupart des gens parlent de « Short Form » (parfois de « forme courte« ).
  3. Et enfin les spectacles qui sont constituée d’une seule « histoire », plus proche d’une pièce de théâtre typique, où là on parle de « Longform » ou de « Forme Longue« .

Il y a aussi ponctuellement quelques spectacles à cheval entre le 2 et le 3, par exemple des spectacles avec trois scènes de 20 minutes, comme « A deux » de Gilles Delvaulx et Amandine Vandormael. J’ai entendu le terme de « semi-long » par exemple, mais ça reste rare.

Malheureusement ces termes prêtent à confusion puisque dans leur langue originelle ils n’ont pas du tout ce sens là. En anglais (ou plutôt en américain puisque c’est de là que ça vient, et pour ça que j’utilise « improv » et non « impro »… bref) on aura plutôt :

  1. Short Form Improv (au lieu de cabaret)
  2. Longform Improv ou Free-Form Improv (au lieu de Short Form)
  3. Full-length play (au lieu de Longform)

Le problème le plus flagrant ici est qu’en France on utilise « Short Form » pour dire « Longform » ou « Free-Form » (le longform faisant plus référence à l’impro style Chicago, par exemple le Harold, alors que le free-form est comme son nom l’indique extrêmement libre par nature).  Les « full-length plays » (je n’ai pas de bonne traduction, on va dire simplement « pièce de théâtre ») sont une sous-catégorie de l’impro longform, donc la confusion est moins grande avec l’utilisation française, mais quand même c’est pas très clair. En français on utilise aussi ces termes comme des noms et non comme des qualificatifs (on dit jouer « un longform » et non jouer « un spectacle d’impro longform »), mais c’est moins grave.

Alors certes, si on sait de quoi on parle on n’aura pas de problème. Quand un Français me parle de Longform, je sais qu’il parle en général d’une histoire improvisée qui dure autour d’une heure. Mais un américain va lui croire qu’on lui parle de Harold ou assimilé. Autant se mettre d’accord, non ?

De l’importance de la catégorisation

Est-ce si important de catégoriser les spectacles ? D’autant plus que dès qu’on cherche à catégoriser on va se retrouver avec plein de spectacles chevauchant les différentes catégories. Par exemple un Match contient potentiellement pas mal d’impros libres, parfois assez longues, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des spectacles « Short Form ». De l’impro Longform ou Free-form peut aussi être une « full length play ». Bref, c’est pas si simple.

Je pense que c’est utile pour décrire rapidement un spectacle. Ou pour décrire sa spécialité en tant que comédien ou formateur. C’est aussi utile pour vendre un spectacle. S’il faut faire comprendre le spectacle en quelques mots sur un affiche, alors des termes précis sont bien pratiques. Mais il faut aussi éviter un jargon trop précis ou pouvant prêter à confusion, que ce soit pour le grand public ou pour les improvisateurs eux-mêmes.

Je propose donc…

  1. Cabaret d’impro (ou spectacle d’impro Short Form) : tout spectacle constitué principalement de diverses saynetes sous contraintes et autres catégories, à priori sous la houlette d’un animateur.
  2. Spectacle d’impro libre ou spectacle d’impro à saynètes (ou spectacle d’impro Free-Form) : tout spectacle constitué de scènes à priori non liées narrativement entre elles.
  3. Pièce de théâtre improvisée (éventuellement Format Long, mais ça entretient la confusion avec Longform donc j’évite) : tout spectacle racontant une seule histoire. Alors là le terme utilisé est un peu bancal, puisque plein de pièces de théâtre sont constituées de saynètes (en général le nombre est précisé dans le titre, comme 13 objets de Barker ou 3 ruptures de Remi de Vos). Mais j’ai l’impression que c’est assez parlant comme ça, même si c’est un abus de language.
  4. Spectacle d’impro longform (ou spectacle d’impro à l’américaine) : tout spectacle basé sur les spectacles ou les principes de l’impro longform « Chicago-style » (Harold, Armando etc.). C’est assez spécifique donc autant qu’il ait sa catégorie a lui, même si c’est peu répandu en France. Mais pour les non-connaisseurs ce serait à ranger dans le 2.

En tout cas voilà ma terminologie actuelle. A priori compréhensible par tous quel que soit l’origine.

Je n’ai pas grand espoir que cette terminologie remplace l’utilisation de Short Form et Longform dans leur usage actuel, mais sait-on jamais…

 

 

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