Improvisation et cinéma

talkingtomeQuand je parle d’improvisation par ici, c’est généralement pour son utilisation dans le cadre de spectacles de théâtre. Mais l’improvisation est aussi très souvent utilisée au cinéma, où des scènes cultes sont parfois connues pour avoir été improvisées par les comédiens.

Donc parfois ça fonctionne. Mais parfois non. Voyons donc pourquoi. Et parlons de Ghostbusters.

Parfois ça fonctionne

Dans un film ou une pièce de théâtre écrite l’une des difficultés pour les comédiens est de faire croire que leurs paroles et actions sont spontanées. Qu’on puisse croire qu’ils agissent dans l’instant pour que l’on partage l’instant avec eux. Et pour ça l’improvisation peut être une solution. Et de grands réalisateurs laissent à leurs comédiens la place d’improviser, que ce soit pour intégrer des imprévus, pour changer des répliques qui ne fonctionnent pas, ou simplement parce qu’ils ont confiance en la capacité de leurs comédiens à trouver ce qu’il y a de plus juste dans l’instant.

Pour quelques exemples (incluant plusieurs de Scorcese, Kubrick et Spielberg), voici deux petites vidéos :

Il y aurait encore un tas d’exemples. Par exemple dernièrement Taika Waititi disait que 80% des dialogues de Thor Ragnarok étaient improvisés. Aussi les comédies de Judd Appatow (et pas mal d’autres comédies américaines dans le même style) sont improvisées en très grande partie. Ce qui donne souvent des scènes assez crédibles dans les échanges entre les personnages, l’impression de voir des gens s’amuser ensemble. Et aussi parfois des films un peu longuets, avec des scènes qui durent un peu trop. Mais on y reviendra.

Parfois c’est nécessaire

Récemment nous avons tourné un court métrage avec Alice Rey, pour un festival de faux documentaires. Parce qu’on s’y est pris à la dernière minute on n’avait pas le temps d’écrire ou de prévoir grand chose. Donc on a défini une structure générale de ce qu’on voulait tourner ainsi que les principaux traits de caractères des personnages. Et on a fait confiance aux 4 comédiens (et à la magie du montage) pour tout improviser en une petite journée.

Ça a donné ça (si vous avez 25 minutes, franchement je trouve que ça les vaut…) :

Et là l’improvisation était non seulement une nécessité pratique vu le temps imparti, mais aussi pour moi la meilleure solution pour avoir un résultat crédible. C’est un peu le bordel, les gens ne parlent pas très bien, ils se trompent, se répètent se coupent… Comme dans la réalité. Et pour un faux documentaire c’est parfait. Quand j’ai écrit les sous-titres, je n’arrêtais pas de me dire que jamais on aurait pu écrire ça.

 

Et parfois ce n’est clairement pas une bonne idée

Chose promise, chose due : parlons de Ghostbusters, et en particulier le remake de 2016. Mr Plinkett en parle très bien dans cette vidéo d’une heure :

C’est long, c’est en anglais, et il faut aimer ou au moins supporter le style un peu particulier du personnage de Mr Plinkett. Mais son analyse est souvent très pertinente (voir également ses longues vidéos d’analyse critique des prequels Star Wars).

Je vais résumer ici les quelques points qu’il aborde liés à l’improvisation, en comparaison avec le film de 86. Par exemple les deux films démarrent avec une scène similaires. Dans le film de 86 c’est une courte scène (2 min), jouée complètement au premier degré. Dans le remake la scène dure 5 minutes et on suit un personnage racontant des anecdotes pas très drôles et n’ayant aucune utilité dans la suite du film. Et c’est tout improvisé.

L’intégralité du film est à cette image : des scènes qui durent longtemps, qui n’apportent pas grand chose et où les personnages n’arrêtent pas de parler, mais pour ne rien dire de très drôle ni d’intéressant.

Une citation  de la vidéo (dans la partie  « casting and improv », à partir de 30:36) avec une traduction :

You cannot improvise clever well constructed science jokes. What you can improv et day-to-day stuff in life.

On ne peut pas improviser des blagues scientifiques, intelligentes et bien construites. On peut improviser des trucs de la vie quotidienne.

Il explique à partir de là pourquoi les films d’Appatow fonctionnent, mais la majorité de Ghostbusters ne fonctionne pas.

C’est amusant aussi de voir la scène du film dans le métro (dans la vidéo à 39:00), où le babillage incessant des comédiennes enlève toute tension et devient juste un bruit de fond (ce qui est un problème récurrent dans le film). Et comme par hasard un des problèmes principaux des improvisateurs en général est de trop parler et ne pas laisser de temps de respiration dans les scènes. Comme quoi.

Autre différence notable entre les deux films, et chose qu’on retrouve dans beaucoup de spectacles d’impro : dans le remake les personnages (principaux et secondaires) sont globalement idiots et/ou antipathiques, et je ne vois pas comment on peut s’attacher à eux d’une quelconque façon. En cherchant juste à être drôle les personnages ne sont que des caricatures sans intérêt.

Et aussi la quantité de blagues sur les pets, le caca et le pipi. Ça peut être drôle, hein. Là non.

 

Enfin voilà, tout ça pour dire que parfois l’impro c’est de la merde.

 

(mais parfois c’est bien)

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