Le piège de la boîte à outils

toolbox La métaphore de la boîte à outils est utilisée à outrance dans le monde de l’impro, et je m’en sers régulièrement moi-même. Et je n’ai rien contre.

Mais il y a une différence entre avoir un outil et savoir s’en servir.

Alors je vais parler un peu de musique.

Pourquoi de musique ? Parce que je sens que je ne suis pas loin de me faire piéger par la boîte à outils, voire que j’essaie de m’en extirper.

Je ne suis pas musicien. Je peux faire un peu illusion auprès de gens qui n’y connaissent rien, mais mes limites sont rapidement atteintes. Pourtant voici une liste des instruments que j’ai chez moi :

  • Ukulele soprane
  • Banjolele
  • Ukulele baryton
  • Harmonica
  • Kazou
  • Shaker
  • Cajon (en carton)
  • Xaphoon
  • Kalimba
  • Dualo Du-Touch S (sorte de synthé avec looper intégré)

De tous ces instruments, je peux dire que je sais à peu près jouer du ukulélé. Mais pas non plus très bien. Je me suis pourtant déjà servi de tous ces instruments dans des ateliers ou des spectacles d’impro. Mais pas très bien. De façon basique mais potable.

Mais je pense que si au lieu d’expérimenter un peu avec plein d’instruments je m’étais vraiment concentré sur un seul, alors je serai sans doute bien plus pertinent comme musicien. Je pourrais même presque me considérer comme tel.

En ce moment je m’essaie aussi à la production et au mixage de musique. Ce qui donne par exemple ça :

Je commence à apprendre les tenants et aboutissants du mixage musical. Le premier effet secondaire de cet apprentissage est que j’écoute la musique différemment : j’entends plus clairement les effets, la spatialisation, l’égalisation, la reverb etc. Et du coup j’entends aussi à quel point ce que je fais est bancal.

Le deuxième effet secondaire est que je me sens irrésistiblement attiré par tous les articles et vidéos traitant du sujet. Et YouTube est saturé de vidéos donnant des trucs et astuces ou des didacticiels pour le mixage audio. Alors je me laisse tenter, je découvre de nouvelles choses en me disant « ah oui je testerai ça ! » et « ah c’est intéressant comme approche ! ». Mais au fond je sais très bien que je ne mettrai que peu de choses en pratique. J’ai déjà largement assez d’outils à ma disposition pour pouvoir faire des choses correctes, mais simplement je ne les maîtrise pas. Et ce n’est pas quelques heures de vidéos qui vont changer ça, même si l’illusion est tentante.

Pour progresser, commencer à maîtriser les outils et aussi me rendre compte de ce qui me manque, il faut que je produise plus de chansons. Encore et encore. Jusqu’à ce que je trouve mes limites, et alors peut-être une vidéo sur Youtube me donnera un truc pour tester de nouvelles choses. Ou alors j’entendrai une chanson qui fait quelque chose que j’attendais pas et qui m’inspirera.

Et pour l’impro c’est la même chose. Encore une fois je n’ai rien contre les « boîtes à outils ». C’est important les outils. En ce moment c’est le Lyon Improv Fest, j’ai fait la programmation des workshops et j’ai choisi par exemple le workshop « power improv toolkit » de Joe Bill. C’est bien que ça me semble utile.

Mais le piège est de croire que ça peut suffire. La découverte d’un nouvel « outil » ou d’une nouvelle approche de l’impro ne suffit pas pour pouvoir s’en servir avec aisance sur scène. Et la multiplication des outils et des approches peut être un fardeau : avec tant d’outils à disposition, lequel utiliser ? Je vois des improvisateurs faire tous les festivals, bouffer du workshop ad nauseam, pour finalement se retrouver sur scène écrasés par le poids de ces outils.

Je pense qu’il faut faire des choix. Prendre le temps de la digestion. J’ai certes découvert un nouvel outil, mais concrètement comment je peux m’en servir en spectacle ? Qu’est-ce que je peux faire avec ? Quelles sont ses limites ? Comment est-ce que cet outil est utilisé dans d’autres spectacles ? Se concentrer sur une chose à la fois. Et trouver ses outils de prédilection.

Quand on n’a qu’un marteau alors tout devient un clou, mais si on maîtrise son marteau on peut avoir la classe quand même.

Mais pour trouver les bon outils il faut voir des spectacles et faire des stages. Mais peut-être que sur 5 stages il n’y en aura qu’un où l’on trouve un truc qu’on a vraiment envie de poursuivre. Alors il ne faut pas avoir peur d’oublier tout le reste et ne se concentrer que sur ça.

Ce n’est pas un workshop de 3h qui va changer votre vie d’improvisateur d’un coup. Mais peut-être qu’un petit truc vu pendant ces quelques heures va progressivement devenir votre clé de voûte. Ou votre marteau.

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Une réflexion sur “Le piège de la boîte à outils

  1. Bien d’accord avec ça. Rapidement en tant que débutant je me suis retrouver avec plus de théorie que de pratique. Je comprenais des concepts que je n’étais pas encore capable d’appliquer. C’est frustrant parce que cette progression de la pratique est plus lente que celle théorique et on a envie de progresser rapidement, de tester tous ces outils qui ont l’air géniaux. Et c’est aussi frustrant parce que pour progresser on a juste besoin de jouer en libre, et sans troupe avec juste des cours, très souvent les ateliers portent sur un outil spécifique alors qu’on a juste besoin de temps de jeu pour assimiler tout ça.

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