L’improvisation dirigée, vol.1 : définition et explication

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Certains l’utilisent parfois. Certains l’utilisent uniquement en atelier. D’autres l’utilisent aussi en spectacle. Certains la rejettent sans l’avoir essayé. D’autres au nom de leur liberté. Certains en abusent peut-être, mais certains aiment en être l’objet.

Je parle bien sûr (puisque vous avez lu le titre) de l’improvisation dirigée.

Qu’est-ce ?

Par « improvisation dirigée » j’entends plus spécifiquement « improvisation dirigée en direct par une personne extérieure à la scène ». Des comédiens sont sur scène et ponctuellement quelqu’un leur impose des choses.

A un niveau minimal on va trouver de l’improvisation dirigée dans la plupart des spectacles de type « cabaret ». On aura sans doute un « MC » qui non seulement imposera des contraintes avant le début de la scène mais pourra également ponctuellement intervenir en cours de scène. Toutefois la plupart du temps ces interventions se limiteront à rajouter des contraintes de jeu ou imposer par exemple des ellipses temporelles. Mais par exemple j’ai rarement (jamais ?) vu des MC imposer des actions ou paroles en direct.

Mais la direction peut être bien plus présente, et plus intégrée au spectacle. C’est ce qu’on va retrouver notamment dans les spectacles créés par Keith Johnstone tels le Gorilla Theater (où les comédiens se dirigent à tour de rôle), le Maestro (avec un ou deux directeurs), ou des spectacles dérivés de ce style johnstonien, comme le Director’s Cut (sorte de mélange entre un Gorilla et un Maestro avec une sauce cinématographique).

Dans ces spectacles, contrairement aux cabarets classiques que l’on voit en France, les directeurs sont plus des metteurs en scènes que de simples animateurs. D’ailleurs au passage « director » en Anglais veut dire « metteur en scène » ou « réalisateur ». Aha ! Dans ces spectacles le directeur va souvent mettre en scène une situation précise, et ensuite la diriger en direct s’il en ressent le besoin, et pas simplement imposer un lieu ou un thème ou autre. Son rôle dans la scène est souvent primordial.

Et si on veut pousser encore plus loin on pourrait par exemple parler du Sound Painting, qui est un language gestuel permettant à un chef d’orchestre (le Sound Painter) de diriger en direct un groupe d’artistes hétéroclite composé de musiciens, comédiens, danseurs, plasticiens etc.

A l’inverse on trouve beaucoup de spectacles sans aucune direction extérieure. Notamment la plupart des spectacles longform « Chicago-style », mais aussi tout simplement tous les spectacles sans MC. Cela concerne notamment presque tous les spectacles de pièces de théâtre improvisé (ou forme longues narratives, ou autre dénomination). On peut trouver des exceptions, mais j’en connais très peu. On peut citer comme exemple Le Fauteuil de la compagnie Smoking Sofa, ou encore Trio, de Mark Jane (même si dernier dirige plus en tant que narrateur… mais bon on s’en fout).

 

Quel intérêt pédagogique ?

Je commence par là, parce que j’ai l’impression que c’est là qu’elle est le présente en France : dans les ateliers. Je connais de nombreux improvisateurs qui n’utilisent jamais l’impro dirigée en spectacle mais s’en serve régulièrement lors des séances de travail.

Pour les improvisateurs débutants le bénéfice est évident : on cherche à créer du lâcher-prise, on veut qu’ils se sentent à l’aise, qu’ils ne galèrent pas etc. Le fait d’intervenir pendant les impros pour les diriger permet de les amener plus vite vers des scènes plus intéressantes, de faire remarquer des problèmes s’ils apparaissent, en apportant immédiatement une solution possible. On leur donne un filet, voire même un trampoline.

Avec des improvisateurs plus avertis mais sans l’habitude d’être dirigés il peut y avoir des réticences. C’est généralement la peur de perdre leur liberté qui parle. Mais dans toutes les séances que j’ai fait autour de ce sujet (donc avec des impros très dirigées), les retours étaient plutôt que les comédiens se sentaient  plus sereins et pas forcément moins libres.

On peut utiliser l’improvisation dirigée qu’elle que soit la thématique que l’on aborde, je trouve que cela permet à la fois de gagner du temps (si on veut montrer ou expérimenter des choses spécifiques on y arrivera sans doute plus vite) et limiter la frustration (dans le cas où un exercice serait particulièrement complexe par exemple).

En plus, travailler spécifiquement sur l’improvisation dirigée, donc en explorant des techniques particulières de direction et en mettant les participants dans le rôle de directeur permet de rapidement mettre tous les participants dans cette posture. C’est à dire que même en temps que spectateur ils auront tendance à être plus actifs et se dire concrètement « qu’est-ce que je donnerais comme direction ? » au lieu d’être passifs. Et je trouve que cela incite les improvisateurs, même débutants, à tenter des choses narrativement ou au niveau de la mise en scène qu’ils n’auraient pas osé sinon.

Ce qui m’amène au point suivant.

 

Quel intérêt en spectacle ?

Ce que j’aime le plus quand on travaille l’improvisation dirigée c’est les moments où l’on se dit clairement que jamais on n’aurait joué cette scène s’il elle n’était pas dirigée. Ça peut être parce que la directeur mets en place dès le début de la scène une scénographie voire une dramaturgie qu’il aurait été compliqué de créer spontanément. Ou alors parce que les directions étant connues de tous (y compris le public) les comédiens peuvent ne pas se regarder, ne pas expliciter des choses etc.

Le directeur peut aussi être une bonne roue de secours au cas où une scène patauge, ne décolle pas, ou autre. Il a plus de recul et peut intervenir pour corriger des choses qui lui semblent contre-productives, ou incohérentes, ou autre. Il peut aussi pousser les comédiens dans des retranchements ou des extrêmes où ils ne seraient pas allé d’eux-mêmes.

Bref, un bon directeur peut rendre un spectacle meilleur, tout simplement. (Et si ce n’est pas un bon directeur, eh bien changez.)

L’autre intérêt qui vient en complément, mais qui me tient un peu plus à cœur personnellement, est que les consignes du directeur sont partagées avec les comédiens et le public. On explicite une partie du processus créatif, on l’expose encore plus que dans un spectacle non dirigé, et c’est pour pour une des raisons fondamentales de faire un spectacle improvisé (j’en parlais là tiens, au sujet du « caucus »). Donc c’est bien.

Et en bonus on peut aussi utiliser toute la puissance de l’ironie dramatique : on peut en savoir plus que les personnages de la scène.  Le directeur peut donner des informations que les personnages ne connaissent pas, ou alors des consignes non immédiates, des choses qui vont arriver sous peu, tout le monde le sait mais pas les personnages. Et l’ironie dramatique peut créer aussi bien de la comédie que de la tension dramatique. L’ironie dramatique c’est bien, l’improvisation dirigée la permet simplement, donc l’impro dirigée c’est bien. CQFD.

 

Concrètement, quelles techniques et astuces mettre en oeuvre ?

Des techniques simples concrètes, des façons de l’intégrer en spectacle, des astuces, des avis personnels ?

Nous verrons tout ça dans le Vol. 2, d’ici quelques semaines.

Attention, il y aura des schémas.

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