L’improvisation dirigée vol. 3 : comment la travailler ?

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Je vous ai parlé de ce que c’était, de son intérêt et de différentes techniques concrètes, ne restait qu’à voir quelques astuces et conseils pour apprendre à s’en servir au mieux.

Comment travailler dessus en atelier ?

C’est assez simple, mais j’aime bien prendre quelques précautions d’usage. Tout d’abord je donne quelques principes qu’on essaiera de respecter :

  1. Le rôle du directeur est double :
    1. Prendre soin des improvisateurs et de la scène
    2. Jouer avec les improvisateurs et tester leurs limites (dans le respect du premier point)
  2. On ne discute pas une direction. Le directeur donne une consigne, on l’applique au mieux sans la remettre en question. (Sauf si on n’a pas bien entendu ou compris, hein.)
  3. On applique la direction immédiatement, sans la retarder par quoi que ce soit. Si la consigne est de se lever on se lève, sans chercher à le justifier au préalable.
  4. On ne paraphrase pas. Si la consigne est « Dis-lui je t'aime« , dites juste « Je t’aime ».

Ensuite c’est simple, il faut tester en action. Prenez une personne pour diriger une scène et voilà. La personne qui dirige peut choisir comment elle veut démarrer la scène, avec combien de comédiens, quelle inspiration de départ etc. Pour cadrer un peu je limite en général au début le type de direction que le directeur pourra utiliser, par exemple :

  • Uniquement des consignes physiques (« assis-toi », « pointe-le du doigt »…)
  • Uniquement des répliques imposées
  • Uniquement des éléments de contexte
  • Uniquement des changements de scènes
  • ….

Ca permet d’expérimenter rapidement ce qui fonctionne plus ou moins et ce dans quoi vous vous sentez le plus à l’aise. Il m’arrive souvent de limiter le type de consignes en imposant par exemple qu’on ne puisse pas changer de scène. En effet c’est un type de direction qui peu rapidement devenir un refuge permettant de donner l’illusion qu’il se passe quelque chose alors qu’on ne fait qu’enchaîner des scènes peu intéressantes. Idéalement le directeur doit chercher à faire émerger l’enjeu de la scène et recentrer l’action sur cet enjeu.

Et pour ça voici un petit outil sympa, bien pratique pour démarrer dans la direction d’impro :

« Comment ça ? »

Première version : le directeur ne peut imposer que des répliques commençant par « comment ça ». Ce sera donc des répliques qui seront de la forme « Comment ça [chose qui vient d’être dite] ?! ». C’est tout bête mais ça force les comédiens à réagir à ce qui vient d’être dit. Wahou. Et mine de rien en particulier avec des improvisateurs plus débutants c’est super efficace pour pointer du doigt quelque chose d’important et forcer à y réagir.

Deuxième version : pour aller un peu plus loin, le directeur ne peut imposer que des changements de scène avec la nouvelle scène démarrant par un personnage disant « comment ça [chose qui s’est passée ou allait se passer dans la scène précédente] ». Ca parait un peu plus complexe, mais avec exemple ça ira mieux.

Eric est dans le bureau de Karen, sa supérieure hiérarchique, et elle lui parle du fait que l’entreprise va se développer à l’étranger. Intervention du directeur : « Le soir même, Eric et sa femme, dans leur chambre, sa femme lui dit Comment ça tu es muté au Venuzuela ?! « .

C’est une consigne qui permet de faire comprendre ce que s’est passé dans la scène précédente sans qu’il y ait eu besoin de le jouer et de démarrer la scène suivante directement dans le vif du sujet, avec un enjeu clair à explorer par la suite. C’est très pratique pour donner du rythme, et peut être utiliser plusieurs fois de suite rapidement, un peu comme un  « montage« .

Narration ou direction ?

Quelle différence entre narration et direction ? Déjà l’un s’adresse plutôt au public, l’autre plutôt aux comédiens. Et puis la narration sera sans doute plus « littéraire », même si elle doit avant tout être efficace (d’autant plus que vous parlez sans doute moins bien que ce que vous croyez).

Mais c’est une question de goût et d’envie, et on peut tout à fait cumuler et alterner les deux dans une même impro, ça ne pose aucun problème.

Voilà.

Bon bah c’est tout pour le moment.

C’est bien l’impro dirigée.

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4 réflexions sur “L’improvisation dirigée vol. 3 : comment la travailler ?

  1. Et du coup, ça s’applique en spectacle aussi ? Tu changes la façon de diriger en spectacle par rapport à un entrainement ? (ou pas ?)

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  2. Merci hugh, ces trois articles sur l’impro dirigée sont très intéressants. Du point de vue de certains improvisateurs, être dirigés coupent la spontanéité, pour d’autres (j’en fais partie) c’est tout le contraire, la direction donne un équilibre, ou permet de donner du rythme quand ça plombe, et surtout entre deux indications, le comédien fait ce qu’il veut, sur l’instant, sans trop réfléchir, de l’impro quoi.

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    • Merci pour ton commentaire !

      Comme je le dis dans un des articles, j’ai surtout l’impression que que la peur d’être dirigé et de voir sa spontanéité coupée est un a priori de gens n’ayant pas expérimenté l’impro dirigée.

      Parce qu’au fond beaucoup d’autres interventions d’un autre comédien peuvent aussi être considérés comme des consignes…

      J'aime

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