Rendre le spectacle vivant

Rien que ça. Dans la série « Pourquoi improviser ? » (ou plutôt « pourquoi improviser partiellement plutôt qu’écrire intégralement des pièces de théâtre ? » mais c’est moins catchy), voici une deuxième réponse : pour pouvoir s’adapter. Mais s’adapter à quoi ? Voilà bien une bonne question, et ça tombe bien j’ai quelques réponses à proposer.

Dans mon précédent article j’avais un peu réduit l’intérêt de créer des spectacles improvisés à un gain de temps et d’argent, parce que moi je suis un peu un provocateur, voire un agitateur. Je n’y peux rien. Mais en ce moment je travaille sur un nouveau spectacle (titre de travail J’ai Rencontré Quelqu’un, on verra bien si ce titre restera quand le spectacle sortira…), et pour la première fois je créé un spectacle improvisé qui est pensé comme un spectacle écrit, avec une trame narrative et des mises en scènes précises. Donc la question de la place de l’improvisation dans le spectacle final est fondamentale : qu’est-ce qui peut/doit rester improvisé (donc variable) et qu’est-ce qui doit être écrit (donc figé) ?

Je vais mettre de côté l’improvisation comme moteur de création, autrement dit l’écriture de plateau, même si c’est en soit un sujet passionnant. Je ne vais parler ici que de l’improvisation dans les représentations du spectacle, quand celle-ci est très présente (parce qu’au fond il y aura toujours un petit peu d’improvisation dans un spectacle écrit, si on veut pinailler).

Qu’est-ce qui est important ?

C’est la première question que je me posais : qu’est-ce qui est suffisamment important, voire fondamental, pour être figé ? Parce que je me disais que tout ne servirait pas le propos du spectacle pouvais varier d’une représentation à une autre. Par exemple un des premiers choix a été de dire que le genre des personnages n’allait pas importer, parce que ce n’est pas le sujet. Donc tous⋅tes les comédien⋅nes pourront jouer n’importe quel rôle. Puisque qu’il s’agit d’un spectacle sur les relations amoureuses il en découlait également que l’orientation sexuelle n’avait pas d’importance, mais pour le coup afin d’éviter de mettre le focus dessus le choix est que tous⋅tes les personnages soient pansexuel⋅les. Et donc progressivement j’ai figé certains éléments et laissé d’autres libres, dans un cadre donné.

Mais la véritable question est plutôt en réalité « qu’est-ce qui est important pour moi ? ». Et là je me suis rendu compte assez récemment que la réponse à cette question va forcément évoluer. Ce qui est important pour moi aujourd’hui aura sans doute évolué dans quelques mois ou quelques années. Ou demain. Parce que je change assez régulièrement d’avis sur plein de sujets, ne serait-ce que parce que je découvre leur existence. Donc si on joue ce spectacle dans un an, dans deux ans, dans cinq ans, il y a peu de chances qu’il corresponde à ce que je veux. En plus je ne suis pas seul, puisque les 6 comédien⋅nes sont forcément aussi co-auteur⋅ices, et leurs points de vues, leurs envies vont sans doute évoluer aussi.

Le fait que le spectacle soit improvisé rend nettement plus simple une adaptation du propos ou du focus, via des changements de personnage, de structure, ou autre.

Et même si nos points de vue ne changent pas, le monde, lui, changera sans doute.

Du théâtre véritablement contemporain

C’est presqu’un cliché de dire que « le théâtre est le reflet de la société ». Mais pour moi c’est d’autant plus vrai que le théâtre est improvisé : comment être plus contemporain qu’en étant créé dans l’instant ? Un spectacle semblant pertinent un jour peut devenir obsolète le lendemain (ou 5 ans plus tard). Mais un spectacle improvisé peut s’adapter à l’actualité, au monde dans lequel il est joué.

Un spectacle écrit ou un film sont plutôt le reflet de l’époque où ils ont été créés, à travers le prisme de leurs auteur⋅ices (je tente le cumul des métaphore optique, je suis pas convaincu que ça marche…).

D’ailleurs c’est assez intéressant de voir les questionnement actuels dans les tournages ou dans les spectacles improvisés autour de la crise sanitaire : si un film ou un spectacle doit se passer en 2020/2021, alors peut-on ignorer le port du masque, les bars et restaurants fermés etc. ? Est-ce qu’on évite d’aborder le sujet dans les spectacles improvisés parce qu’on en parle déjà partout en permanence ou est-ce que justement on se devrait de le faire pour être au plus proche du monde dans lequel on est ?

Du spectacle vivant

J’avais déjà écrit un article sur la notion de « spectacle vivant », et j’en parle assez souvent dans le podcast, mais je me concentrais finalement juste sur l’aspect « réaction au monde et au public », sur le fait qu’on sente que ce qu’on voit n’est pas complètement figé et immuable. Mais si on élargit un peu la fenêtre temporelle et qu’on regarde la macro-évolution d’un spectacle sur plusieurs mois/années, alors est-ce qu’il semble encore être vivant ? Je connais un paquet de spectacles se réclamant être purement improvisés mais qui n’ont pas évolué de façon notable depuis des années. Ce qui semble tout de même étonnant pour du spectacle vivant.

Ne devrait-on pas chercher en permanence à adapter les spectacles à la fois à ce qu’on l’on souhaite dire ici et maintenant, et au monde dans lequel on le joue ?

Il y a quelques années au théâtre du Point du Jour à Lyon il y a avait le « Théâtre permanent » créé par Gwénaël Morin. L’objectif était de faire par exemple un cycle Shakespeare, jouant 4 pièces, une par mois, avec les mêmes comédien⋅nes, et en adaptant jour après jour la mise en scène en fonction de ce qui s’était passé la veille, et en publiant chaque jour un journal permettant de suivre les décisions et évolutions (je simplifie un peu, mais bon). Et parfois sur un mois l’évolution était radicale. C’était passionnant à voir, par contre je crois que c’était tellement épuisant pour tout le monde qu’iels n’ont pas pu faire tout ce qui était prévu. Mais à mon sens c’était une tentative de rendre le spectacle plus vivant.

Peut-être que si c’était un spectacle improvisé, ça aurait été plus simple et moins chronophage. (peut-être aussi que ça aurait été à chier, hein)

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