Du spectacle vivant

Behind the Scenes-6Nous en avons un peu parlé avec Yvan Richardet (à la fin du podcast), mais ça mérite sans doute un article à part entière : qu’est-ce du spectacle vivant et quelle est la place de l’improvisation là-dedans ?

Disons que le terme de « spectacle vivant » regroupe tout spectacle avec des personnes en direct devant un public. Un enregistrement d’un spectacle diffusé devant un public ne serait donc pas du spectacle vivant, ce qui différencie par exemple le cinéma du théâtre. Bon. Je pense que jusque là tout le monde sera d’accord.

Mais j’ai récemment commencé à me poser la question de ce qu’est vraiment le spectacle vivant, et surtout quel est son intérêt. L’événement catalyseur eut lieu un jour d’octobre, alors que j’assistais à une représentation de La Leçon, de Ionesco, mis en scène par Christian Schiaretti au TNP. Il s’avère que le spectacle en lui-même me déplaisait, à cause d’une mise en scène effaçant la montée en tension du texte au profit d’une insistance sur son humour absurde, mais là n’est pas mon propos. Soudain, un spectateur non loin de moi se mit à rire très fort, a priori pas à cause de la pièce. On sentit alors tout le public réagir (une réaction silencieuse, même légère, de la part de 600 personnes, cela se sent). Et j’eus l’impression que les deux seules personnes ne réagissant pas dans la salle étaient les deux comédiens sur scène.

Yvan Richardet parlait également dans notre entretrien du « test du chat » : si un chat traverse la scène et que sa présence est prise en compte alors il s’agit bien d’un spectacle vivant (que ce soit du théâtre, de la danse ou un concert). Dans le cas de mon anecdote, je doute fortement qu’un chat ait eu un quelconque impact.

Et je me pose vraiment la question de l’intérêt, aujourd’hui, de jouer des spectacles figés, quasi-identiques d’une représentation à une autre, où le public n’a finalement pas sa place. Pour ça on a le cinéma depuis un moment déjà, et depuis quelques années les vidéos sur Internet sont devenues un incroyable moyen d’expression accessible à tous. Quelle est donc la place du théâtre là-dedans par exemple ?

Et en quoi est-ce que jouer la centième représentation de la millième mise en scène d’un texte vieux de plusieurs siècles serait du spectacle vivant ? A part la prise de conscience que des problématiques millénaires (voir par exemple les comédies d’Aristophane) sont encore présentes aujourd’hui, quel en est l’intérêt ?

On dirait des questions rhétoriques, mais je me les pose vraiment, et je n’ai pas de réponse toute faite.

Mais pour moi l’improvisation doit faire partie de tout spectacle vivant. Le degré d’improvisation dépendra bien sûr du type de spectacle, mais si l’objectif est de ne rien improviser, alors autant simplement filmer. La question de la place du public dans un spectacle est primordiale (voyez comme j’ai subtilement intégré le public dans ma définition en début d’article, histoire de servir mon propos). Et le simple fait d’improviser, même sans interaction directe avec le public, implique les spectateurs, qui deviennent intellectuellement plus actifs, se demandant ce qui va se passer, comment les comédiens vont faire, ce qu’il ferait à leur place…

Et puisqu’on parle (je dis « on », mais en réalité c’est « je », j’essaie seulement d’inclure les lecteurs dans cette réflexion) du public, il y a aussi la question de la taille du public. Je trouve que les grands théâtres (par exemple à Lyon les Celestins, le TNP, le Théâtre de la Croix-Rousse…) créent une distance entre spectateurs et spectacle qui nuit énormément à l’implication. C’est simple, je ne me souviens pas d’avoir été ému par une pièce jouée dans une grande salle. A trente mètres de quelqu’un, comment percevoir la subtilité de ses réactions ? Au contraire au cinéma ça m’arrive nettement plus souvent, et également dans des plus petits théâtres. Après il y a bien sûr des raisons économiques justifiant le besoin d’avoir des centaines de spectateurs pour pouvoir payer parfois des dizaines de comédiens, techniciens et autres. Mais un besoin artistique ? J’en doute.

Comme souvent il y a une question de position de curseur, entre un spectacle 100% improvisé et un spectacle 100% figé, entre une interaction avec le public complète et nulle (le public comme pur spectateur, ou carrément comme acteur).

Certains types de spectacles, même s’ils ne sont pas considérés comme des « spectacles d’impro », sont d’ailleurs naturellement déjà assez flexibles pour s’adapter au public, malgré une trame et des scènes très préparées. Je pense notamment aux spectacles de clowns où c’est souvent le cas. Voyez par exemple Les Chiche Capon, ils sont géniaux.

D’autres essaient d’inclure au maximum le public. Par exemple les spectacles de type Théâtre Forum. Je fais également partie depuis peu du LACSE (Laboratoire d’Artistes Créateurs Sympathiques et Engagés) dont le spectacle « typique » est un PIC (Pari d’Intelligence Collective). Ce format met les comédiens au même niveau que les spectateurs (et vice versa…), une question thématique est choisie ensemble au début du spectacle et ensuite une refléxion ou un débat se créé autour de scènes improvisées et d’interventions diverses, de façon extrêmement ouverte et participative.

Et j’ai l’impression qu’aujourd’hui c’est ce théâtre là, un théâtre de proximité, participatif et ouvert, qui est le plus pertinent, qui propose quelque chose que les autres média ne peuvent pas.

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4 réflexions sur “Du spectacle vivant

  1. Le Théâtre Permanent (au Point du Jour) est un bon exemple aussi – mais bon tu ne visais probablement pas l’exhaustivité. Avec inclusion jour après jours des réactions du public dans la mise en scène par rétroaction. Leur mécanisme ne met pas forcément en lumière la façon dont ils incluent les réactions immédiates mais c’est toutefois une belle illustration du caractère vivant de ce théâtre-là.

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    • Oui c’est un cas assez intéressant du caractère muable (j’en profite pour utiliser ce mot pour la première fois, alors que « immuable » est quant à lui très répandu…) du spectacle ! L’inclusion des spectacteurs dans le processus (qui n’est sinon visible qu’en venant plusieurs fois…) est notamment transmis à ces derniers via un journal de bord distribué avant le spectacle.

      Et le principe du « Théâtre Permanent » inclut également des « ateliers de transmission » tous les matins, pour échanger directement.

      Merci pour ton commentaire !

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  2. L’idéal serai que les comédiens soit formés aussi bien à l’art dramatique qu’à l’improvisation. C’est le cas dans notre compagnie qui crée aussi bien des pièces de théâtre que des spectacles d’improvisation (match d’impro, théâtre forum…). L’un nourri l’autre et vice et versa.

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