Comment donner de la profondeur à son personnage ?

Oignon-rouge-©EM-Arts-shutterstockL’autre jour quelqu’un se posait une question avant un spectacle, mais je me suis retenu de donner mon avis, d’une part parce qu’elle ne m’avait rien demandé et d’autre part parce que je ne veux pas être le gars qui te dit comment jouer un spectacle avant que tu montes sur scène. Et puis hier quelqu’un d’autre m’a posé directement la même question, alors j’ai répondu. Donc je me dit autant mettre ma réponse ici.

Attention spoiler : la question en question est le titre de cet article.

Plus précisément la question était de savoir comment éviter de tomber dans des personnages trop caricaturaux, même quand ceux-ci sont des archétypes assez précis, pour les rendre plus intéressants.

Il n’y a évidemment pas UNE bonne réponse, mais j’en ai une qui a le mérite d’être simple, et elle a quelques avantages en bonus.

Quel suspense, je vous sens trépigner derrière votre écran.

Encore un peu de suspense.

Et…

Mon conseil : que le personnage se rende compte de l’archétype dans lequel il est.

Bon, OK, je sens votre déception. Pourtant je pense vraiment que c’est quelque chose qui peut aider. Par exemple (cas avéré en spectacle pas plus tard que le mois dernier) si le grand méchant de l’histoire se rend compte que c’est lui le grand méchant alors il y a quelque chose à développer. Il y a une dualité, il y a des raisons à creuser, des explications à donner, des choix à faire. Donc le personnage n’est plus complètement monodimensionnel. Bingo.

Premier effet secondaire : il est alors probable que, se rendant compte de ce qu’il est, le personnage cherche à changer. Et un personnage qui change, bah c’est une histoire. Donc paf ! l’histoire s’écrit toute seule. C’est ce qui arrive généralement assez naturellement avec les personnages de status bas, tendance timide et introvertis, qui vont chercher à dépasser cet état de fait. Mais avec des personnages plutôt en status haut, ou à tendance autoritaire ou agressive c’est encore plus intéressant à mon avis, parce qu’on peut alors rendre attachants des personnages à priori antipathiques. On aura des personnages en conflit avec eux-mêmes au lieu d’être uniquement en conflit entre eux, ce qui rejoint peut-être ma citation préférée en impro (citation de quelqu’un, je ne sais plus qui) :

Don’t be in conflict, be conflicted.

 

Deuxième effet secondaire : en mettant un personnage face à ce qu’il est on a l’occasion parfaite d’exprimer nos propres points de vues à travers ce personnage. Personnellement j’ai vraiment du mal à jouer sincèrement des personnages dont je ne partage pas les valeurs ou les points de vue. Du coup si je me retrouve à jouer ce type de personnage je vais rapidement me sentir en conflit avec lui, et là le plus simple est que ce conflit ne soit plus le mien mais celui du personnage. Et non seulement des personnages avec un point de vue seront sans doute plus intéressants, mais je trouve important que les points de vues des improvisateurs ressortent dans un spectacle (au même titre que les points de vue d’un auteur vont sans doute ressortir dans ses ouvrages).

 

Donc voilà, si j’avais un conseil simple à donner, ce serait celui-là. Ça s’applique peut-être mieux à des impros longues, mais je pense que même dans une scène de 3 minutes ça peut être efficace.

Bien sûr ce n’est pas une réponse exhaustive, et ce n’est peut-être pas non plus à appliquer à tous les personnages.

Par exemple je parlais plus haut d’un personnage de grand méchant. Quels que soient ses motivations il peut être intéressant de le garder plus unidimensionnel et sûr de lui pour faire monter des enjeux narratifs. Je pense notamment au film The Shape of Water, où l’antagoniste de l’histoire est vraiment juste un méchant très très méchant. Le peu de profondeur qui est donnée au personnage vient de sa recherche de validation par une figure paternelle, ce qui lui donne un surplus d’intérêt, bien que ça reste léger. Mais pour moi ça fonctionne parfaitement pour cette histoire là.

De même tous les personnages secondaires n’ont pas besoin d’avoir un arc narratif, ça deviendrait trop complexe narrativement. C’est pour ça que les personnages les plus caricaturaux (et hauts en couleurs) sont souvent les personnages secondaires.

 

Voilà voilà. D’autres questions ?

 

 

 

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