Mon approche de la comédie musicale improvisée

premierefoisJe vais un peu parler du spectacle Toute Première Fois, une comédie musicale improvisée que j’ai montée cette année avec quelques autres comédiens et musiciens émérites. Mais je vais surtout parler de ma « méthode » pour improviser une comédie musicale improvisée, et pourquoi je trouve c’est une bonne façon de travailler les formats longs narratifs en général.

Qu’est-ce qu’une comédie musicale ?

Je commence là parce qu’avec le nombre croissant de spectacles et de stages de comédie musicale improvisée j’entends de plus en plus de personnes dire qu’une comédie musicale « c’est ÇA », « ÇA » étant en général en ensemble de codes et de règles qui seraient à respecter pour pouvoir s’appeler ainsi. Ce qui me fait penser à ceux qui disent que tel ou tel spectacle n’est pas de l’impro.

De manière générale, quand on commence à me parler de « codes » et de « règles », je sens d’emblée que je risque de ne pas être d’accord. Certes, aujourd’hui dans la plupart des comédies musicales (sur scène ou en télé/ciné) on va souvent retrouver un certain nombre de points communs. Un lecteur attentif aura remarqué l’utilisation de « la plupart », « souvent » et « un certain nombre » dans la phrase précédente. En effet, il n’y a qu’un seul élément qui soit partagé par l’ensemble des comédies musicales produites depuis un siècle : la présence de chansons.

Il y a des choses très récurrentes, comme le fait d’avoir un numéro d’ouverture (qui sera souvent une chanson). Mais ce n’est pas systématique non plus, et je lisais un article que je ne retrouve plus qui encensait la variété d’ouvertures des différentes comédies musicales nommées aux Tony Awards (les Oscars de la commuz) l’année dernière.

On va souvent aussi avoir une histoire assez simple, qui respecte un schéma type « voyage du héros« . Et là-dedans des chansons qui marquent les grands moment classiques, genre la chanson du rêve du héros, le départ pour le voyage, la crise… Mais d’une part ce n’est pas le cas de toutes les comédies musicales et d’autre part comme je le disais dans mon article sur le sujet, je trouve contre-productif d’essayer de respecter un schéma comme le voyage du héros, en particulier en impro. On peut simplement avoir confiance dans le fait que si essaie de raconter une histoire qui nous intéresse, on respectera sans doute ce schéma (puisque c’est comme ça qu’il est apparu, après tout).

Dans l’entretien avec Antoine Lefort, il me disait que s’il allait voir une comédie musicale il s’attendait à voir ces éléments « typiques ». Là-dessus je me rends compte que j’ai pour ma part une vision diamétralement opposée, puisque lorsque je vais voir une oeuvre, quelle que soit son genre j’espère qu’elle me surprendra et détournera les « codes » usuels, qu’elle aura sa propre identité. Encore plus en impro, où j’espère découvrir l’histoire et sa structure en même temps que les comédiens.

Et donc pour moi la définition d’une comédie musicale est simplement :

Une histoire où parfois les personnages chantent, sans qu’ils aient conscience de chanter.

Une définition simple mais qui contient quand même quelques limites :

  • une histoire : j’exclus les spectacles où les scènes ne sont pas liées par une histoire, même si ce ne serait pas forcément invalide. Par exemple le spectacle improvisé Here, de Tara Defrancisco et Rance Rizzuto est décrit comme « a two-person musical », donc une comédie musicale à deux, alors que les différentes scènes ne sont pas liées (et au passage c’est un spectacle formidable).
  • parfois les personnages chantent : donc parfois ils parlent. Ceci exclut l’opéra (bien qu’il y ait parfois du dialogue dans certains opéra, c’est quand même très mineur), et aussi des comédies musicales où tout est chanté, comme Les Misérables, parce que c’est insupportable et ça ne devrait pas exister.
  • sans qu’ils aient conscience de chanter : ceci exclut en particulier un certain nombre de films très musicaux mais où les personnages chantent vraiment, comme par exemple Sister Act ou Pitch Perfect. Ça exclurait aussi a priori la série Glee, mais c’est un peu particulier parce que la série réside dans une sorte d’entre-deux assez étrange. Il y en a aussi qui mêlent « vraies » chansons et chansons « fantasmées », comme Cabaret par exemple. En tout cas pour moi l’intérêt de la comédie musicale est que les chansons sont des moments de pure poésie et théâtralité, où tout est permis.

Voilà donc la définition que je prends. Quelques restrictions de principe mais surtout beaucoup de liberté.

Une philosophie générale : jouer des scènes qui méritent une chanson

Après ce long préambule, voici donc en quelques mots mon approche de la comédie musicale improvisée : jouer des scènes qui méritent une chanson.

Déjà le focus est sur l’interprétation de scènes. Car pour moi ça reste le plus important. Ce sont les personnages, leur histoire et leurs interactions qui m’intéressent. Et les chansons sont au service de cette histoire. Si les chansons sont le plus important, alors les scènes et les personnages deviennent des prétextes pour chanter, et dans ce cas je préférerais voir juste un concert improvisé.

Donc un focus sur le fait de jouer des scènes, et que ces scènes méritent une chanson. Il y a pour moi plein de façons de « mériter » une chanson. La plus évidente et aussi la plus constructive est qu’il y ait un enjeu émotionnel qui monte pendant la scène, jusqu’au moment où le seul moyen de l’exprimer correctement est de le faire en chanson. A l’autre bout du spectre il peut y avoir juste un truc tellement con qu’on a envie de le voir en chanson. Et pourquoi pas ?

Et toutes les scènes ne méritent pas une chanson, peut-être qu’il y aura une chanson toutes les deux ou trois scènes, ce sera déjà pas mal.

Un avantage de partir de ce principe est aussi qu’a priori on sait alors de quoi va parler la chanson quand elle arrive. Je dis souvent que la chanson résume l’enjeu de la scène, et le refrain résume la chanson. Donc si en voyant une scène vous pouvez résumer l’enjeu dans un refrain, c’est gagné, après y’a plus qu’à le développer dans les couplets.

Et les chansons vont aussi aider l’histoire et les personnages, parce qu’elles obligent à faire des choix clairs et préciser les enjeux, ce qui simplifie le déroulement de la suite. C’est pour ça que je trouve que c’est un bon entraînement pour jouer des formats longs narratifs de toutes sortes : une approche focalisée sur les personnages et leurs enjeux personnels et relationnels, où chaque scène aide à les préciser et les développer.

Toute Première Fois et le travail du chœur

Un autre point sur lequel on a particulièrement travaillé dans le spectacle Toute Première Fois est le chœur. On joue à 5 et le principe de base est que l’on essaie d’utiliser les personnages en réserve comme un chœur pouvant intervenir à tout moment, que ce soit pour des effets, de la narrations, des pensées… En particulier le chœur est toujours actif sur les chansons, et c’est lui qui prend la responsabilité du refrain. Le refrain est un peu le nerf de la guerre : si on tient le refrain, on tient la chanson. Le chœur peut proposer un refrain ou peut simplement reconnaître le refrain quand il apparaît et il s’occupe de le mémoriser et de le ramener.

Ça a le mérite de créer une dynamique et un effet de groupe, mais aussi de décharger les comédiens-chanteurs de cette responsabilité.

Et donc quand je fais des formations à la comédie musicale improvisée le travail du chœur sur les chansons est un point clé.

Bon finalement j’aurais peu parlé de Toute Première Fois. Pourtant c’est vraiment un spectacle qui me tient à cœur (sans mauvais jeu de mot). C’est une comédie musicale improvisée, plutôt intimiste, prenant pour inspiration une anecdote réelle et caractérisée par deux valeurs fondamentales pour moi : la liberté et la force du collectif.

Et puis y’a des chansons aussi, donc c’est cool !

 

Pour finir je vous laisse avec la meilleure chanson de la meilleure comédie musicale du monde, Dr. Horrible’s Sing-Along Blog :

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