Soyons contents !

La vie de brianAprès des années de recherche et d’introspection, je pense avoir enfin trouvé le secret pour réussir à coup sûr n’importe quel spectacle d’impro. Une méthode infaillible, qui n’a absolument rien d’original, qui est connue depuis longtemps et qui est spoilée par le titre de cet article.

Oui, il suffirait d’être content. Et le fait que Keith Johnstone le dit depuis 50 ans ne m’empêchera pas d’être content de ma découverte.

Dans mon article sur « le bon échauffement » j’ai dit :

 en me basant sur différents spectacles réussis, je ne trouve qu’un élément en commun concernant l’échauffement : on s’était amusé

Mais bizarrement je n’ai pas cherché d’élément commun aux spectacles en eux-même… Attention révélation : c’est le même, les spectacles réussis sont ceux où on s’était amusés, où on était contents d’être là et où on a pris du plaisir.

C’est le cas de tous les spectacles dans lesquels j’ai joué qui m’ont semblé être réussis, mais a priori aussi de tous les spectacles que j’ai vu. Et l’inverse (la contraposée peut-être ?) est aussi vrai : je n’ai aucun souvenir de spectacle qui fut raté où les improvisateurs s’étaient amusés et étaient visiblement contents d’être là.

Sauf si ma logique est foireuse, il me semble donc qu’il s’agit d’une condition nécessaire et suffisante pour réussir un spectacle.

Avant de continuer, je vais quand même définir ce que j’entends par « réussir » un spectacle. Je dirais que c’est simplement jouer un spectacle où le public  (ou en tout cas la grande majorité des spectateurs) passe un bon moment. Certes, un spectacle peut être plus ou moins bon en fonction de différents critères (qui peuvent être très personnels, d’ailleurs), allant du « c’était sympa » à « c’était la meilleure soirée de ma vie », mais je ne vais pas détailler tout ça, on va juste parler de faire un spectacle que l’on considère réussi.

Attention : réussir un spectacle ne veut pas dire réussir toutes les impros (voir par exemple mon article précédent sur un spectacle de Theatersports que j’avais trouvé très réussi même si les impros en elles-mêmes n’étaient pas toutes réussies).

Il suffit donc d’être content et de s’amuser pour faire un bon spectacle (et si on est content, on va s’amuser, et vice versa).

Le seul problème est donc : comment peut-on s’en assurer ? Le fait de vouloir s’amuser lors d’un  spectacle est un point qui peut difficilement être sujet à débat (mais peut-être me trompe-je, y a-t-il des gens qui s’opposent à ça ?), mais jusque là je prenais le problème dans le mauvais sens : je suis  toujours parti du principe que c’est parce qu’on faisait de « bonnes » impros qu’on prenait du plaisir, et non le contraire. Et du coup le problème était de savoir comment faire de bonnes impros ?  Et aujourd’hui ma réponse serait : en y prenant du plaisir. On a donc une belle boucle de rétroaction : je prend du plaisir, je suis content donc on s’amuse, donc on fait de bonnes impros, et donc on s’amuse et on continue de faire de bonnes impros. Ou alors on s’amuse et on fait des impros pas top, mais c’est pas grave parce qu’on s’amuse.

Et comme la joie est communicative, si les gens sur scène ont l’air contents, le public le sera aussi. Et voilà, tout le monde est content.

Reste l’initialisation, l’impulsion de départ : l’œuf ou la poule ? Plaisir ou réussite ? Comme vous l’aurez sans doute déjà compris, pour moi le point de départ doit être le plaisir. Ça peut commencer lors de l’échauffement (ça tombe bien, c’est cohérent avec mon article sur le sujet), ou lors de l’entrée sur scène, mais si on est déjà content en démarrant on devrait pouvoir le rester tout du long.

La principale difficulté est de garder ce plaisir communicatif, même lorsqu’on vient de faire une impro pas top. Pour ça la pédagogie de Keith Johnstone, qui encourage dès le départ la célébration de l’échec, semble parfaite. Malheureusement je n’ai pas appris l’improvisation comme ça, comme la majorité des improvisateurs en France. Mais il y a tout de même des petites choses qu’on peut mettre en place dans les spectacles pour aider, par exemple le klaxon « impro chiante » en Theatersports, où les juges peuvent à tout moment interrompre une impro peu intéressante peut être instauré dans presque n’importe quel autre type de spectacle (en dehors des formes longues, des Harold ou autre). Du coup on évite de s’embourber dans des impros inintéressantes.

Mais ce n’est pas non plus évident de ne pas le prendre un peu personnellement si on fait une impro pas top, ou qu’on se fait couper sèchement, et ça nécessiterait de travailler spécifiquement là-dessus pour rester content même quand on se plante… Ou alors on peut simplement se forcer à avoir l’air content.

Si après n’importe quelle impro on se force à avoir le sourire, à essayer d’avoir l’air content, alors ça devrait faire l’affaire. Apparemment le simple fait de sourire libérerait dans le corps un tas de substances qui apportent un sentiment de bien être, soulagent du stress et plein d’autres bonnes choses. Donc sourire rend content. Et être content fait sourire. Fichtre, encore une belle boucle de rétroaction (il faudrait que je fasse un shéma…).

Alors certes, il reste tout de même à travailler pour quand même faire des impros intéressantes, mais je pense que ce simple fait de donner l’impression d’être content, quitte à se forcer, peut permettre de ne plus faire de spectacles ratés.

Et bizarrement parmi toutes les personnes qui m’ont enseigné l’improvisation, je ne crois pas que ce sujet ait été abordé. Plus bizarre encore, j’ai l’impression d’avoir une sorte de révélation à ce sujet, alors que c’est pourtant écrit noir sur blanc par exemple dans Impro for storytellers, que j’ai lu il y longtemps déjà, mais je n’en perçois la portée que maintenant.

 

13 réflexions sur “Soyons contents !

  1. Ton raisonnement est en effet foireux : ce n’est pas une condition nécéssaire, puisque tu n’as pas prouvé qu’un spectacle où l’on ne s’amusait pas était raté.

    Je me suis fait plaisir à écrire ce commentaire.

    J'aime

  2. Impro For Storytellers est une vraie mine d’or, c’est mas base pour les GTKJ et même après 100 séances, je n’en ai effleuré que 50% au maximum !

    Tu te rappelles quels passages t’ont marqué (tu cites le livres dans ton article) ?

    J'aime

    • Je me suis dis que j’allais te retrouver 2 ou 3 passages marquants, mais je me suis retrouvé confronté à mon principal grief vis-à-vis de ce livre : je trouve que c’est un peu le bordel 😉 Du coup je galère à retrouver ce que je voulais…

      Il y a par exemple le passage où il parle de l’exercice « bip bip », mais je n’ai pas réussi à le retrouver…

      J'aime

      • Astuce : Il y a un PDF d’IFS qui traine sur internet. Avec un CTRL-F et un mot clé, je retrouve en général rapidement les passages que je cherche.

        J'aime

  3. Pingback: L’animation de spectacles | Impro etc.

  4. Pingback: De l’importance des bières | Impro etc.

  5. Pingback: Les deux histoires que raconte une impro | Impro etc.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s